120 BATTEMENTS PAR MINUTE – UN CŒUR QUI (SE) BAT [CRITIQUE]

Lauréat du Grand Prix au dernier Festival de Cannes, 120 Battements par minute fait corps avec les activistes d’Act Up-Paris, à l’aube des années 90. Un film total et bouleversant. 

Ca palpite, ça palpite, et ça ne s’arrête pas. Ça ne veut pas s’arrêter : ce cœur bat encore, et se bat encore, jusqu’à ce que la pompe, au ralenti, ne résonne qu’à travers les maux de l’âme vivante ; comme un carnage émotionnel pourvu de beauté. Telle est la mécanique du nouveau film de Robin Campillo120 Battements par minute, une fable politique renversante qui nous ramène au Paris des débuts des années 90’ lorsque Act Up-Paris, association militante chargée de la sensibilisation du virus du SIDA, se bat contre les hautes sphères nationales qui excellent dans l’ignorance, coûtant alors plusieurs vies innocentes. Une œuvre qui sensibilise, oui, mais pas que.

L’ampleur engagée du film, comme un cri du coeur, vibre à travers deux partis-pris qui font la force de ce dernier : l’immersion et la prestation épidermique des interprètes. Quand les tremblements de la caméra-épaule transpirent l’harmonie, le second prend le relais de ce qui constitue un véritable geste de vérité de la part de Campillo : chaque touché, chaque souffle est fabriqué pour provoquer une évasion, qu’elle soit momentanée, complexe ou d’une générosité affolante. A travers des focales longues et un montage d’une prestance absolument folle dans la première demi-heure, 120 battements par minute est un produit inattendu qui aspire l’émotion de son spectateur. Un véritable coup de génie rafraîchissant, et d’une sensibilité qui clôt le bec de la salle de cinéma. Une expérience cinématographique indiscutable.

Chercher la moindre évasion est l’une de ses priorités, malgré effectivement l’ampleur dramatique du sujet que le réalisateur lui-même a connu personnellement – mais dont il assure ne pas s’être inspiré. Sur les traces de Divines et de Nocturama, Campillo formule un propos compliqué, d’une dimension démocratique utilitaire, mais dont le ressort esthétique se suffit à lui-même pour provoquer la moindre étincelle : les débats comme centre de gravité des joutes verbales, le microcosme de la discothèque, l’activisme indissociable des émotions. Ne jamais en faire trop, toujours étendre le geste vers des fins proprement cinématographiques. Loin du biopic consentant de fin d’année, une histoire qui sait atteindre les défis qu’elle se pose, qui gravite autour de son spectateur : une œuvre ouverte, pleine d’espoir, qui fait du bien.

Oui parce que si le film sait faire respirer sa politique et encadrer son esthétique, rien de tel qu’une histoire d’amour comme celle entre Nathan Valois et Nahuel Pérez Biscayart, le couple gay du film. On suit leur flirt de départ, les confessions qui s’ensuivent, et pour finir, une insoutenable phase de destruction physique et morale combinée avec une photographie d’une sobriété folle : une leçon de mise en scène. Leur amour tient sur un fil, celui de la maladie, et s’empare de la caméra. Une beauté presque désastreuse, une altérité dont le paroxysme est toujours imminent. Mais voilà, Campillo est là, droit dans ses bottes, et nous laisse respirer au cours d’un final qui sème le bonheur d’un défunt, et le malheur de la réalité. Bouleversant.

La maladie, la politique, les émotions, la vie, la mort… 120 battements par minute est un pur produit de cinéma, brutal et émouvant, qui saisit ses idées avec des intentions honorables et qui donne de la vertu aux temps modernes que nous vivons : pourquoi et comment se battre, et le savoir jusqu’au bout (« knowledge is power »). De cette émotion, nous en ressortons comme des combattants de la vie d’hier, de maintenant et de demain. Un spectateur activiste, un film qui a du coeur.


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