DISIZ – PACIFIQUE: DU LUCIDE AU FLUIDE

Un onzième album riche et ambitieux, où Disiz continue sa percée pop/électro: Pacifique amorce un nouveau virage artistique, traduction directe de la longévité du rappeur.

En 2009 Sérigne, de son vrai nom, annonce après 4 ans d’absence qu’il arrête le rap en publiant un album sombrement intitulé Disiz The End. Rétrospectivement, ce projet est l’une des meilleures livraisons du rappeur. Un album sombre et introspectif, où le MC rend un véritable hommage à sa discipline (Alors tu veux rapper ?) tout en nous donnant un avant goût de changement (comme sur l’excellent L.O.V.E, un morceau senteur sucre).

Puis il y aura la parenthèse Peter Punk avec la sortie d’un projet plus confidentiel, mais réussi: Dans le ventre du crocodile permet à Disiz d’affirmer son orientation pop/électro/rock en faisant de la musique, tout simplement. Constat plus évident à dresser aujourd’hui lorsqu’on entend l’adoucissement général des mélodies hip-hop.

Mais à trop vouloir pousser la chansonnette la musique peut vite devenir répétitive et agaçante. Ainsi, la période « Extra/Transe-Lucide » de Disiz l’a certes fait revenir sur le devant de la scène, mais dans une catégorie trop lisse pour son talent innée. Avec Rap Machine, sorti en 2015, le MC opérait déjà un retour à des bails plus nuancés artistiquement parlant, en alliant écriture nerveuse et légèreté musicale.

Pacifique s’expose clairement comme un renouveau artistique. On sait que Disiz travaille sur ce projet depuis longtemps, et cela se ressent dès la première écoute. Encore une fois, le rappeur livre une tracklist dense. Vingt morceaux, c’est beaucoup aujourd’hui. Si cette générosité était un vrai handicap pour Extra-Lucide et Transe-Lucide, cet album a le mérite d’offrir un univers cohérent et immersif. Le travail est porté sur l’expérience d’écoute. Et ça fait du bien!

L’immersion est d’ailleurs immédiate: Radeau est l’un des titres poids lourd de l’album, avec sa partie auto-tunée et rappée. Le texte dresse un monde sous contrôle, où l’humain est noyé dans un grand océan d’incertitude. Un thème cher à Disiz, parfaitement mis en musique par les talentueux Augustin Charnet (Kid Wise) et Shady. Une métaphore développée sur Carré Bleu, morceau dans la même veine signé Yung G. Une instru’ envoutante qui appelle à l’évasion.

Côté morceaux orientés « love », une autre thématique constituante de la discographie de l’artiste, on s’arrêtera sur l’entrainant La fille de la piscine et les deux uniques duos de l’album: Margot Guera sur l’excellent Menteur Menteuse et Hamza sur Marquises, remake original du banger My Benz.
Mais Disiz n’oublie pas son flow et ses lines exacerbées sur Meulé Meulé Aightt, honorable morceau egotrip à la sauce trap. On préférera Watcha et L.U.T.T.E, deux autres titres majeurs du projet.

La promo’ de Pacifique s’est beaucoup jouée sur la présence de Stromae, qui semble faire durer sa préretraite de chanteur en endossant celle de producteur. En tout cas, la collaboration fait des merveilles! Le single Splash et le morceau Compliqué attestent le fait que les mélodies du talentueux belge s’adaptent parfaitement à l’univers de Disiz.

Nul doute que cet album va marquer l’année 2017. En écoutant Pacifique, on pense souvent aux projets solos de Nekfeu, ou encore à Ipséité de Damso. Une tendance musicale qui apporte un vent de fraicheur et sur laquelle se hisse une nouvelle vague.


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