GET OUT – L’ENFER BLANC [CRITIQUE]

Plébiscité outre-Atlantique, Get Out redistribue les codes du cinéma horreur en offrant un compromis avec le fléau du racisme. Une oeuvre engagée et gênante qui relance un débat sensible. 

Une date clé: le 8 novembre 2016, Donald Trump est élu Président des États-Unis. Lui et son discours diffamatoire a déjà marqué l’inconscient collectif, et le voilà à la tête du pays le plus puissant du monde. De cette date historique, Jordan Pelle va essuyer toute la stature présidentielle pour viser frontalement la mentalité que le milliardaire tente d’instaurer dans son pays ; comme un régime de pensée dont la conservation s’oppose à la résistance corps et âmes de la liberté d’agir et de penser. Voilà un courant cinématographique que Get Out instaure, au-delà du film de genre dont il se porte garant – on le voit souvent comme le premier film post-élection de Donald Trump. Le constat est le suivant: une oeuvre profondément psychologique qui saisit le moindre regard afin de faire de la salle de cinéma un macrocosme ultra-représentatif, presque psychanalytique, du racisme et de ses victimes. En suivant les pas de Chris (Daniel Kaluuya) et de sa petite amie (Allison Williams, exceptionnelle), l’occasion de vivre une telle expérience serait trop regrettable à oublier, une expérience qui porte ce nom: l’enfer blanc.

De la même manière qu’un certain Psychose, la trajectoire du film va sans cesse trouver des points de rencontre,  lesquels vont participer à un condensé de clichés plus grossiers les uns que les autres du racisme anti-noir pour mieux surenchérir le scénario, imprévisible. L’apport phénoménologique suggérée par une caméra planante, toujours à la recherche du moindre indice de malsanité, ressemble effectivement aux expériences malheureuses de Marion Crane dans le chef-d’oeuvre d’Alfred Hitchcock. Cependant, et c’est là que Get Out se veut particulièrement unique et jouissif dans son compromis entre le thème et le genre, c’est qu’il est parsemé de gratuités qui, pourtant, sauront trouver une réponse émotive dans la salle de cinéma. Faire de l’horreur une divine comédie passant par des références étonnantes à l’Histoire des Noirs jusqu’au coup du génocide final, Get Out s’empresse à faire trembler les salles de cinéma avec une facilité que seul un sujet aussi sensible que le racisme est capable de transposer à l’écran.

Cette violence dans le propos est intériorisée dans la mise en scène du film, du montage jusqu’aux dialogues, flirtant par ailleurs avec le registre de la satire. Par l’intermédiaire du gros plan et d’une bande sonore qui remplit parfaitement le cahier des charges de l’ambiance oppressante, le film parvient à s’imposer comme un film d’horreur qui mise aussi sur l’expérience cinématographique. Une expérience politique, aussi, compte tenu de ce qui a été mentionné en début de propos, mais aussi dans la conclusion du film, pétrifiante de violence mais trop assujettie à la coutume des séries B… L’évolution bouleversante du personnage interprétée par Allison Williams donne plusieurs indices sur ce propos aussi émouvant que repoussant de la soumission politique. La thématique du racisme elle-même ne trouve que très peu de réponses, loin de la morale perpétuelle des films européens engagés. Grâce à cette prise de recul, Get Out ne construit aucun héros, car l’enfer ne les accepte pas, il les détruit.

Le raisonnement du film fait toute sa force. Ce compromis entre le cinéma d’horreur et le sujet du racisme trouve ici un bon moyen de faire du cinéma un medium politique et expérimental des situations que traversent les pays en période de crise. Puisque les États-Unis sont face, non pas à une crise, mais à une véritable guerre d’idées, l’heure n’est plus venue de chercher des héros, mais d’en déconstruire pour mieux repartir au combat. Inutile de voir ici le statut politique de Martin Luther King s’échapper des mémoires avec un tel film, mais il n’est pas inutile d’imaginer que les statures actuelles se verront elles aussi déstabilisées par autant d’audace cinématographique.


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