GOOD TIME – ARRÊTE-MOI SI TU PEUX [CRITIQUE]

Porté par un immense Robert Pattinson, Good Time booste la rentrée cinéma grâce à sa course-poursuite pop et incontrôlée à travers les bas-fonds de New York. Un film énergique et au drame imprévisible. 

Dans Good Time, il est difficile de concevoir le théâtre des événements. Les bas-fonds de New York, la chaleur des appartements, le glagla de la nuit ? Ce n’est finalement qu’un parcours semé d’embûches et à travers lequel l’exceptionnel Robert Pattinson ne cesse de se battre contre son image de runner appauvri par la malchance et pour libérer son frère autiste de la maltraitance dont il est victime. Un juste entre-deux de valeurs qui élève la mise en scène des frères Safdie, à la fois ornée de gros plans immersifs et fabriquée par l’intermédiaire d’un montage intense, qui ne laisse aucun répit à son spectateur. C’est simple, Good Time est peut-être l’œuvre qui offre le coup de boost (pop et dingo) à cette rentrée cinéma 2017.

A mi-chemin entre le film de route et le feel-good movie, Good Time propose un lot de situations qui fabriquent elles-mêmes leurs propres contraires : un braquage millimétré qui explose en pleine figure, l’extra-enlèvement du frère de Pattinson qui s’avère être finalement un junkie déboussolé, une jeune black de 16 ans qui fini au pieu, ou presque, avec le beau gosse de Twilight… Les frères Safdie sont fascinés par la superposition d’éléments contraires capables non seulement d’isoler les personnages dans leurs folies passagères, mais aussi finalement de les concerner en tant que nature. L’altérité des personnages avec le flux continu d’informations spatiales et psychologiques de la mise en scène est superbement cerné : le scénario tient toujours sur un fil, tandis que la musique qui l’accompagne nous fait penser à du Giorgio Moroder. Brillant.

Voilà un bad-trip indissociable de sa mise en scène, principale effet miroir de ses personnages, donc, et aussi témoin du style visuel, parfois acrobatique, des frères Safdie. Laissant peu d’espace entre le spectateur et les protagonistes, il y a une volonté assez paradoxale de filmer voire contrôler la démesure qui s’empare de cette aventure quelque peu junkie. Le défi de Good Time de (dé)régler toutes notions de stabilité le rend particulièrement riche, notamment dans la portée émotionnelle qui l’encadre. La relation entre frères est également tiraillée, elle provoque l’oubli – au profit de l’aventure du personnage de Pattinson – mais fait l’état d’un choc quand il s’agit de la cerner plus en profondeur, loin du dérapage continu. Ainsi, Good Time est un film sur l’impossibilité des personnages, de leurs sentiments jusqu’à leur dimension physique : les lèvres pulpeuses de Ben Safdie, la coloration de Robert Pattinson.

Tout au long du film, cette question se pose : quand est-ce que Pattinson va se faire choper ? Évoquer quelconque victoire serait naïf, évidemment. C’est pourquoi Good Time apparaît comme un film sincère dans ses intentions scénaristiques : exploration de la folie de ses personnages, l’enchaînement improvisé, l’absence de choix cornéliens… Une sorte de film conscient de son impuissance, mais qui ne se cache pas, qui livre de vrais aspects de cinéma : l’utilisation des couleurs, la dimension underground du 35mm, l’absence presque de genre établi… Finalement, un film totalement libre dans ses procédés, qui ne se refuse rien, si ce n’est faire le constat effectivement de la négativité de ses personnages. C’est ainsi que Robert Pattinson se distingue et propose un personnage qui fait du feu de l’action une nature principale, souvent en sa défaveur, mais toujours au profit de l’esthétique du film. Good Time aurait pu ressembler à un drame familial, mais sa forme aboutit à une épopée dénaturée de principes, qui font tout son drame, mais aussi toute sa beauté.

A travers sa géographie inaccomplie et fantasmée, Good Time décide d’aller droit au but : c’est un drame en pesanteur qui respire l’harmonie. Grâce à leur mise en scène, les frères Safdie produisent un cinéma d’une richesse indéniable et conscient de ses moindres failles ; qui parvient à les exploiter différemment, avec même un souffle épique resserré par un fléau émotionnel. Oui, un fléau : car il y a de l’émotion, mais le film cherche à la refuser constamment. Et, au final, cette course-poursuite demeure bouleversante dès la sortie de la salle.


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