KINGSMAN 2 - LES ARTISANS DU COOL [CRITIQUE]

Face à leurs alter egos américains, les Kingsman sont toujours aussi cool mais sont épris d’eux-mêmes et de leurs costumes mis en pièces par une Julianne Moore diabolique. Décomplexée et contemporaine, une suite réussie.

Rapidement devenu une référence pop et décomplexée (et donc moderne) du film d’action, le premier Kingsman accouche d’une suite qui annonçait une sorte de réécriture lourdingue de cette formule british comic d’un agent secret. Et quoi de mieux que l’Amérique de Trump et les joues gonflées de Channing Tatum pour parfaire cette idée ? Car suite à la dévastation de leurs différents QG basés au Royaume Uni, les Kingsman doivent non seulement faire face  à une menace inédite – en fait, non, il s’agit de faire couler l’humanité dans ses vices les plus fascinants -, mais aussi collaborer avec leurs cousins américains : les Statesman. Outre la collision plutôt jouissive des cultures, recette avérée pour faire rire, une véritable leçon de décomplexions de la part de Matthew Vaughn, toujours à mi-chemin entre le tape-à-l’œil astucieux de sa mise en scène et des formules scénaristiques étonnantes.

Dans la scène qui ouvre le film, exerçant par ailleurs un effet de retrouvailles sympatoche, le jeune Eggsy, devenu un agent hors-pair, donne le ton à travers deux images fortes : la première étant la confrontation avec un type mi-homme mi-machine un peu vénère et recalé de la sélection Kingsman du premier film, et la seconde un dérapage contrôlé d’une centaine de mètres au bord d’un taxi rapidement transformé au préalable en un bolide ultra-customisé. Pas de doutes, Le Cercle d’Or est à la fois ce glissement vers une forme de maturité de son style, indispensable pour toute suite, et la preuve que ses codes de cinéma reste intactes, propres et décomplexés que lorsqu’ils parlent d’eux-mêmes. Après tout, que faire de l’agent Harry (alias Colin Firth), le laissé-pour-mort que l’on retrouve dans une antre de la folie : le réveiller une bonne fois pour toute afin de faire resurgir l’ardeur de son costume trois pièces, ou le laisser déprimer ? L’ego pop dont nous parlait le second volet des Gardiens de la Galaxie trouve ici un effet de rétrospection avec des personnages perdus dans leurs morales. Pourquoi ne pas aller sur le terrain ? Pourquoi ne pas se marier ? Ou pourquoi ne pas retrouver ce qui fait de moi un badass quadragénaire ? Le Cercle d’Or, constamment, est voué à prendre forme, se construit autour de ce désir et y parvient avec élégance.

Même le premier volet de 2015 aimait se regarder, mais avec des retombées qui paradoxalement le menait à ne pas assumer (ou assurer) ses manières de cinéma. C’est ainsi que le contre-pied américain entre en jeu : tel un sursaut contemporain – enjolivé de la toute première invective sur grand écran envers l’actuel président-guignol des Etats-Unis -, Le Cercle d’Or est aussi le récit de plusieurs exils. Celui de la rétrospection des Kingsman d’abord (fini les quartiers généraux chez le tailleur et bonjour l’alter-ego alcoolisé), des Etats-Unis ensuite (le spectre de la purge raciale refait surface) en passant par le Cambodge où se dissimule une sorte de mère au foyer cannibale dont les jeux de mots sont à mourir de rire : Julianne Moore, charismatique comme à son habitude. Trois espaces, trois temps qui rythment le film sans réel prise de risque, au final, et sans la nécessité constante de passer par la scène d’action intrusive. Le schéma du film est l’autre preuve de son intelligence, et c’est ainsi qu’il va plus loin que son précédent opus dans lequel la surface du cool voilait un antagonisme alambiqué, en présence d’un Samuel J. Jackson moins teenage qu’il en a l’air, et donc d’un scénario fébrile.

Ce virage presque méta et contemporain de ce second Kingsman est aussi une manière de répondre à l’autre film d’espion qui aimait se fondre dans la Guerre Froide pour se donner en spectacle, c’est-à-dire Atomic Blonde avec Charlize « Furiosa » Theron. Les remarques du Cercle d’Or faites au genre souvent pris en otage par les James Bond et les jeux de cache-cache restent dans l’ordre du correct et non de l’épanouissement : encore cette scène d’ouverture ; la chaleur des retrouvailles, oui, mais un pan esthétique qui hélas ne provoque pas le même étonnement. L’évolution des personnages de Halle Berry et Mark Strong, à titre d’exemple, méritaient d’aller plus loin, un peu à la manière de Gwyneth Paltrow dans le sous-estimé Iron Man 3 de Shane Blake. Autre regret, la pseudo dépendance américaine qui reste une question d’ego plutôt qu’une question d’action : aucune collision des genres/visions britanniques et américains du film d’action, de quoi proposer une forme elle aussi d’ordre méta.

Le Cercle d’Or aimer donner à voir, et aime se regarder pour à la fois mieux fabriquer l’excroissance de ses personnages et mieux définir sa place dans le cinéma d’action contemporain. Aujourd’hui et plus qu’en 2015, la franchise Kingsman a franchi ce palier indispensable pour devenir une vraie référence. Dans l’entreprise du cool et de la décomplexions, Matthew Vaughn et sa bande imposent un véritable artisanat du genre.


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