SCH – DEO FAVENTE: LE S REVIENT DES TÉNÈBRES

Le jeune rappeur d’Aubagne revient avec un deuxième album hanté et ténébreux, alliant avec tact l’ouverture commerciale d’Anarchie et l’identité si singulière développée depuis A7.

Cela fait maintenant plus de deux ans que SCH a marqué d’une emprunte indélébile le game français. Propulsé par son parrain Lacrim, Julien Schwarzer, de son vrai nom, s’est rapidement imposé avec son style singulier, que cela soit dans ses lines, son style vestimentaire, ou encore sa voix reconnaissable entre mille.

Il est vrai que le rappeur marseillais n’a laissé personne indifférent, en bien ou en mal. À tel point qu’on pouvait s’étonner qu’un forcené comme Lacrim s’entoure d’un babtou galbé comme un fil de fer et aux cheveux longs. Un choix risqué mais payant, SCH n’ayant plus rien à envier à son ainé en ce qui concerne les chiffres de vente. Mais cette question ne se pose pas. Les différentes interviews accordées par le rappeur exposent un homme de conviction, intègre, la tête sur les épaules et qui n’hésite pas à embarquer les caméras au sein de son quartier d’Aubagne en compagnie de ses potos. SCH, c’est aussi un MC qui bosse en famille, qui observe ses succès et ses erreurs artistiques avec objectivité.

A7, sorti en 2015, l’a très vite imposé comme un des rappeurs phares du moment. On pouvait déjà s’étonner de la force et de la qualité des sons édités alors qu’il s’agit en réalité d’une « simple » mixtape. L’année suivante, il publie son premier album studio. Succès commercial, mais accueil mitigé de la part de sa fan base, les auditeurs se plaignant d’une ouverture trop commerciale à cause des nombreux morceaux chantés. Reste néanmoins une réalisation soignée, de gros bangers et des orientations imposant la tendance, comme l’excellent featuring italien sur Cartina Cartier. Lacrim emboitera d’ailleurs le pas sur son dernier album avec Tristi.

Deo Favente est un excellent compromis et atteste d’une vraie évolution du MC. SCH continue de s’ouvrir à d’autres sonorités, d’autres flows, mais compose avec une direction artistique suffisamment sombre pour satisfaire ses fans de la première heure. Là où Anarchie pêchait avec des titres inégaux et trop éclatés, ce dernier projet délivre une cohérence explicite dans l’enchainement des morceaux, ce qui évite l’écoute « zapping ».

SCH retrouve son compère Kore, qui l’accompagne depuis ses débuts. Mais cette fois-ci, DJ Bellek n’est pas loin et signe pas moins de cinq tracks sur le projet. Si ses réalisations avaient déçu sur Force et Honneur de Lacrim, le beatmaker revient au niveau et livre son lot de bangers. Notre coup de cœur va à Allez leur dire, sombre morceau plié par le S et où Bellek « gère le piano ». Ça va fait également sensation, accompagné du seul feat de l’album. Une collab’ beaucoup plus travaillée que sur l’album de Lacrim. Ce dernier avait toutefois avoué que l’enregistrement sur son propre projet s’était fait dans de mauvaises conditions, d’où sa grande satisfaction d’être présent sur Deo Favente. Alors ok, c’est un méchant plagiat dénoncé sur Twitter par Paigey Cakey, jeune rappeuse anglaise. Oui d’accord… Mais le morceau est quand même bon!

Kore continue à apporter les douces notes à la tracklist, comme sur Day Date, mais revient rapidement à ses premiers amours avec le très sombre Ma Kush, un des morceaux poids lourd de l’album. Enfin il apporte une touche « Corleone » avec Pas la paix, une instru’ de bande originale caressée par le flow chanté de SCH. Une très belle surprise!

Le marseillais retrouve aussi Katrina Squad sur La nuit, un morceau dédié à son père. Texte tout en émotion qui nous en dit plus sur ses douleurs familiales. On notera aussi les deux signatures de Drama State sur les nerveux Nino Brown et Mac 11, morceaux où le S laisse parler son goût pour le kick intensif. Soulayman Beats, quant à lui, produit l’un des meilleurs morceaux de l’album avec Météore. L’effet de la gate et de la reverbe entre immédiatement en tête et nous fait simplement planer. On finit par une note sucrée, servi par Therapy. On aurait préféré une collab’ plus nerveuse. Le son est loin d’être mauvais, mais il nous laisse pas un souvenir impérissable…

Deo Favente est un album bien travaillé et cohérent. Choix judicieux de revenir dans un univers plus dark que SCH maitrise totalement, à sa manière. Sa solide équipe de producteurs lui permet toutefois de varier les plaisirs en testant de nouveaux placements, tout en continuant à pousser la chansonnette. À seulement 24 ans, le jeune Schwarzer atteste d’ores et déjà d’un parcours remarquable. Un succès rapide qui lui ouvre désormais toutes les portes. À lui de continuer à pousser les bonnes pour perdurer et nous proposer de la qualité.


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