SMARTWATCHES: DÉFIS, UTILITÉ & STRATÉGIE

Considérées comme une extension technologique du corps par certains, gadget pour d’autres, les Smartwatches soulèvent de plus en plus de questions de curiosité, mais aussi d’interrogations quant à leur réelle utilité. La team de TheBergerie concentre surtout son intérêt dans la pop-culture et on est loin de faire de l’info geek technologique, mais il est fort possible que ce milieu rejoigne le secteur mainstream d’ici quelques années. Décryptage.

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Ce qu’on appelle la wearable technology (technologie portable) s’invite dans de plus en plus dans les discussions sur de l’avenir du prêt-à-porter électronique. Si ces montres connectées peinent encore aujourd’hui à séduire, il semblerait que certaines firmes voient en elles un fort potentiel dans la continuité du Smartphone et de ses diverses applications.

Ainsi, Samsung a été un précurseur en la matière en lançant la Galaxy Gear en 2013. Les ventes ne furent pas un échec, mais ne furent pas un gros succès commercial non plus. Ont suivi Pebble, LG et autres Sony. Notons toutefois que Swatch avait lancé en partenariat avec Microsoft la Paparazzi en 2004, la montre connectée qui fut un bide. En terme d’électronique portable, on se souvient aussi du four récent des Google Glass.

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Le lancement de la Paparazzi en 2004

Pour tenter de justifier cela, le magazine américain Wired explique que ce ne sont pas des objets dont la plupart des gens ont besoin. Que même si  l’ensemble des fonctionnalités sont élevées, la technologie et ses usages de ces objets ne sont pas clairement définis, concluant qu’un nouveau gadget sans usage clair est toujours difficile à vendre. Les fabricants traditionnels de montres affichent également leur scepticisme à propos des montres connectées.

Nick Hayek, directeur général de Swatch Group, déclare que la Smartwatch nécessite les deux mains pour pouvoir être consultée contrairement à un téléphone portable manipulable d’une main. « C’est avant tout une question de logiciels. Et moi je ne veux pas d’un logiciel de plus qui nous fait dépendre de certains fabricants américains ou chinois » , ajoute-t-il. Pour le patron de l’horlogerie hype, les montres interactives sont intéressantes, mais « pas s’il s’agit de purs objets électroniques qu’il faut recharger la nuit ».

Même son de cloche chez les CEO de grandes marques d’horlogers suisses, ou certains déclarent que les technologies ne sont pas encore assez au point puisqu’il faut toujours un téléphone portable allumé à proximité et donc que l’on perdrait en indépendance. Toutefois, Philippe Stern (CEO de Patek Philippe) avance que ce sera une bonne chose pour la jeune génération qui pourra être réhabituée à porter un objet au poignet ou pour les personnes âgées atteintes de maladie comme l’Alzheimer ou souffrant de problème de santé qui pourront disposer d’un suivi en temps réel.

 

Pourtant, en refusant de se lancer sur le marché de la montre connectée, les horlogers suisses sont en train de répéter la même erreur que dans les années 1970, lorsqu’ils avaient négligé la concurrence des montres à quartz japonaises. Résultat, l’horlogerie suisse a failli disparaître. Voir l’interview d’Elmar Mock, co-inventeur de la Swatch. Les entreprises auraient d’ailleurs été rapprochées par les géants Samsung et Apple pour une collaboration mais celles-ci auraient refusé leurs avances ne montrant pas d’intérêt particulier pour les montres connectées. Jony Ive, le designer d’Apple avait annoncé cet été que l’industrie suisse avait du souci à se faire et qu’elle pourrait devenir en difficulté dans les années à venir. Les constructeurs suisses ont depuis fait preuve d’un grand attentisme, même si tout le monde ou presque travaille à injecter un peu d’électronique connectée dans leurs montres comme chez Swatch.

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Elmar Mock , co-inventeur de la Swatch.

Nick Hayek, président de chez Swatch Group, nuance toutefois avec une objection digne d’intérêt : une montre est aussi un bijou, un marqueur de statut, un accessoire de mode. Il ajoute, « On parle d’abord à nos clients d’une montre. S’ils l’aiment, ils pourraient être également intéressés par des fonctions supplémentaires. Le problème c’est si vous définissez uniquement un produit par sa technologie. La technologie à elle seule ne suffit pas pour vendre, pas dans les montres ».

Bien évidemment, on ne parle pas du secteur du luxe qui, lui, vise une clientèle très privilégiée. Pour Jean-Claude Biver, président de Hublot, l’industrie horlogère suisse n’a raté aucune opportunité et les smartwatchs ne la plongeront pas dans la crise. Il explique même qu’il achètera une Apple Watch, qui d’après lui sera dépassée dans deux ans. La montre suisse, elle, ne risque pas d’être obsolète : « C’est un morceau d’éternité ». Ce sont surtout les gammes positionnées sous les 825 euros (les Tissot, Certina, Mido ou encore… Swatch) qui auront le plus à souffrir de cette nouvelle concurrence. Les montres connectées pourraient même grignoter à terme 20% du résultat opérationnel de Swatch.

Les Smartwaches à venir de chez Swatch en 2015.
Les Smartwaches à venir de chez Swatch en 2015.

Pourtant en 2015, les choses pourraient changer. Si nous prenons l’exemple de Apple et ses produits, réputés pour être souvent fers de lance de toute une industrie, pourraient faire du tort à un segment de l’horlogerie puisqu’il en est question ici. On l’a déjà vu avec le iPhone en 2007 là où Nokia et Blackberry prétextaient que la privation de clavier et d’un écran trop grand rebuteraient le client.. Vous connaissez la suite.

Rebelote avec l’iPad, qui, même s’il semblait lui aussi plus proche du concept ovni d’un ordinateur portable sans clavier a fait un carton à sa sortie en 2010. Leur succès n’est donc plus à prouver. Car si Apple n’est pas le dieu de la création ou de l’invention, elle a le mérite d’anticiper les attentes des consommateurs et d’attendre la maturité de certains marchés pour les explorer. Et surtout d’aller chercher les bonnes idées (même déjà sorties) à droite et à gauche pour les assembler en un produit homogène répondant souvent d’une bonne réputation de finition.

Steve Wozniak, qui a fondé Apple avec Steve Jobs, a déclaré toutefois qu’il ne fallait pas croire que le groupe californien serait toujours précurseur dans le domaine des nouvelles technologies. La stratégie habituelle d’Apple de proposer un modèle pour tous pourra-t-elle fonctionner pour un objet aussi intime ? Apple pourra-t-elle convaincre ceux qui ont arrêté de porter une montre ou n’en ont jamais porté en grande partie à cause d’elle ?

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Les sportifs pourront notamment reçevoir toute une batterie d’informations quant à leur condition physique grâce aux capteurs et un retour haptique.

D’après certains analystes, l’Apple Watch sortirait en avril prochain et l’entreprise aurait demandé à ses développeurs d’être prêts à lancer leurs logiciels dès la mi-février sur l’App Store. Il est probable que la société veuille être certaine d’avoir un catalogue étoffé au moment de son lancement. Sûrement pour tester sa montre dans des conditions proches de celles de sa sortie que ce soit pour traquer des bugs oubliés et pour tester par elle-même son autonomie dans des conditions réelles. À ce propos, l’entreprise a largement distribué sa montre à ses employés du côté de la Silicon Valley.

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Un journaliste de Venture Beat ayant vu par hasard un porteur du gadget dans le métro a pu observer le fonctionnement de l’appareil durant quelques minutes, et d’après son expérience, la Watch saura se montrer rapidement indispensable à ses propriétaires. Le produit, ni trop gros ni trop petit sur le poignet du porteur a su « S’intégrer dans la vie quotidienne de cet utilisateur », écrit Sullivan. « Je peux voir [l’Apple Watch] comme un puissant assistant personnel, toujours prêt à servir d’un geste de la main pour donner un sens à la routine du quotidien : les rendez-vous, les rappels, l’agenda, les réseaux sociaux, tout ce que nous devons traiter à chaque minute de chaque jour ». Il assure que « Vous en voudrez une ».

Reste à savoir s’il s’agit du lard ou du cochon, la réponse courant 2015.


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