THE TRANSFIGURATION – UN JOUR SANS FAIM [CRITIQUE]

Remarqué en 2016 lors de sa projection dans le cadre de la catégorie Un Certain Regard à Cannes, The Transfiguration est enfin sorti sur nos écrans. Bilan express d’un glaçant quasi-coup de coeur.

À la simple vue de sa ténébreuse affiche rouge sang, on le comprend illico: The Transfiguration sera avant tout un hommage ultra-référencé au genre vampirique, avec la légendaire silhouette fantomatique de Nosferatu qui hante celle du personnage central, le jeune Milo. Celui-ci grandit tant bien que mal dans un appartement triste à souhait d’un quartier mal famé de New York, à la froideur rappelant tantôt Berlin, tantôt Chicago dans ses tons et ses atmosphères. À ses côtés, son grand frère Lewis, reste hors service et terré devant des programmes télévisés abrutissants depuis sa sortie d’un gang du district, et surtout la mort tragique de leur mère dans la chambre d’à-côté, dont la porte reste religieusement close 24/7.

La passion de Milo n’est pas Instagram ou Pokémon Go mais plutôt le cinéma, et pas n’importe lequel; le gamin compile une collection de K7s de films d’horreur vampiriques, dont la lecture des titres rappelle bien des souvenirs de soirées DVD (Blade, Fright Night, …). Mais pour lui, les vampires sont bien plus qu’une banale obsession. Ils sont un sujet d’étude, un style de vie, un florilège de règles et coutumes, que le lycéen misanthrope décortique au fil d’heures passées à dévorer ses romans dans le métro, ou à songer silencieusement pendant que des longs-métrages d’époque s’enchaînent incessamment sur l’écran de son ordinateur. Au travers de ses sorties nocturnes, Milo tombe un jour sur Sophie, une fille du quartier plus âgée, aussi abîmée par la vie, aux conditions de vie consternantes. Plus qu’une rencontre, leur relation transfigurera l’adolescent à la force d’émotions complexes, dans un contexte social plongeant inévitablement le film de O’Shea dans une tension dramatique attendue, mais maîtrisée. En dégageant de l’exclusion des troubles d’une folie touchante, le cinéaste offre toute sa place au rêve.

Côté histoire, nous vous laissons découvrir le reste par vous-même(s)! Concernant notre ressenti, il est mitigé, bien que plutôt positif. Sous ses airs de Chiron qui aurait tourné gothique, Milo est un personnage singulier et attachant, qui gagne crescendo en intérêt au long d’un scénario intelligent. Le script l’entraîne dans des situations bien écrites jusqu’à un dernier virage surprenant et osé, finalement bien orchestré. Insoupçonnable chant du cygne, la pirouette finale du film perturbe, avec coeur et subtilité.

Non sans rappeler l’excellent Don’t Let The Right One In de Tomas Alfredson (qu’il cite explicitement à deux reprises), The Transfiguration est en quelque sorte un anti-film de vampires, à la photographie sombre et à la musique disparate, qui déverse habilement sa fascination pour les oeuvres qu’il nous offre de découvrir par le biais des lectures, séances et sessions YouTube bizarres d’un Milo constamment alarmant. Le résultat est un succès: la première envie à la sortie du film est de redécouvrir un genre riche en chefs-d’oeuvre, essoufflé par un effet Twilight dont il se moque ouvertement. En cela, Michael O’Shea réussit son pari, tout en offrant une oeuvre originale, plaisante à regarder pour les fans des assoiffés du grand écran. Faible en excès, elle est aussi une introduction idéale pour les néophytes.

Parfois pesante sur les stéréotypes et les pistes non explorées, The Transfiguration doit cependant être appréciée à son niveau: une production indé modeste et sincère, qui parvient à mêler drame social, film d’épouvante, coming of age et romance teen sans trop échouer à l’un ou l’autre exercice, en dépit du jeu parfois peu convaincant de son protagoniste. Quoi qu’il en soit, difficile de croire que le film ait été si peu distribué ici, alors que ses visuels auraient suffit à attirer la curiosité de bien des cinéphiles hésitants, surtout dans la fade période que traverse le cinéma horrifique depuis quelques temps. Alors un dimanche pluvieux, comptez sur nous: The Transfiguration et un thé rouge feront parfaitement l’affaire.

The Transfiguration est sorti en salles le 26 juillet 2017.
Il sera disponible avant la fin de l’année en VOD et, espérons-le, en magasin.


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