THOR RAGNAROK - L'OFFRE COMIQUE DU MCU [CRITIQUE]

Grand mal aimé du MCU, Thor a enfin son film référence avec Ragnarok. Menée par la révélation Taika Waititi, cette aventure mêle héroïsme auto-référencée et comédie populaire. Déjà un classique ?

A côté du Captain, Iron Man et même récemment de Spider-Man, le mythique Thor ne pèse pas si lourd sur la balance du Marvel Cinematic Universe. Suite à l’œuvre pseudo shakespearienne de Kenneth Brannagh sortie en 2011, Le Monde des Ténèbres, paru deux ans plus tard, est une sorte de pâle étendue d’effets spéciaux qui a convaincu Natalie Portman de se séparer définitivement des bras gorgés de muscles de Chris Hemsworth (snif). Deux films restreints qui parlent d’un Dieu ; voilà, Thor est bien parti pour être le paradoxe quelque peu nomade du MCU, comme un problème. Et l’arrivée soudaine de Taika Waititi, grand adepte de la comédie de genre, à la réalisation de ce Ragnarok vient de le résoudre. Outre cette envie de s’affirmer comme la toute première comédie (assumée) de la saga marvellienne, n’en déplaise aux Gardiens, voici l’apothéose jouissive d’une surface commune à l’actuel délire pop des super-héros.

Si la plus grande difficulté du MCU reste la postérité de ses œuvres, notamment par leur arrogante neutralité, c’est certainement parce que la question du genre ne fut pas totalement abordée. Et il faut croire que l’année 2017 est l’occasion pour Marvel d’avoir cet éveil de conscience. C’est simple, après le compromis teenage de Homecoming, sorti juillet dernier, Ragnarok est une œuvre tout aussi souple qui repose sur des codes propres à la comédie. Qu’elle soit de comptoir ou dans une entreprise d’autoréférence, cette production du comique fait empiler les scènes et les répliques avec une insistance dont Taika Waititi est le grand artisan – c’est un dispositif jubilatoire. Souvent simple, mais toujours efficace, Ragnarok ne trempe pas dans la rupture redondante des blagues de la bande à Star Lord. Tout est une question de situation, et même d’improvisation sur le tournage selon les dires des interprètes. Rire en surface, oui, toujours, mais avec cette envie de concerner les personnages dans une dimension parfaitement chorale du genre.

Oui parce que cette fin de trilogie ressemble en tous points au film de bande. Ragnarok, c’est un peu le Civil War du Dieu d’Asgard dans lequel il se donne le droit de composer son propre team. Ce n’est pas pour déplaire aux nombreux personnages secondaires qui entoure l’évolution – la vraie, la plus réussie depuis son arrivée sur grand écran – de Thor. A ce propos, le métrage offre à ce jour la meilleure représentation de Hulk, ce géant d’idiotie, et prolonge le personnage de Loki, bad guy par excellence du MCU, avec une absurdité que l’on croise rarement dans les créations Marvel. Pour couronner le tout : une Tessa Thompson badass en ex-Valkyrie trempée dans le whisky, un Jeff Goldbum fidèle à lui-même et une Cate Blanchett qui, si son temps de présence à l’écran peut faire jaser, demeure encore et toujours une actrice dont la plastique de la métamorphose fascinera toujours autant. Toujours axé sur ce dispositif en chœur de la comédie bon marché, Ragnarok est une leçon d’efficacité.

Et si la surface du genre, au même titre que la griffe stylistique, n’est plus un problème, difficile d’être aussi enthousiaste quant à la postérité des visuels qui, pour le coup, rappelle le caractère un peu vain de Doctor Strange. Pas forcément connu pour être un grand couturier de l’image, Taika Waititi cherche, parfois avec succès, à s’immiscer dans un imaginarium SF et mythologique – la scène du souvenir, qui met l’art de Zack Snyder en PLS, mais aussi cette fin semi-apocalyptique et mal filmée par le réalisateur. Contrairement à Civil War et ses enjeux étendus à l’infini qui redoraient constamment le suspense de son intrigue, Ragnarok se heurte à la formalité de son scénario et à l’absence cruelle d’antagonisme – même si le final a le grand mérite de vouloir conclure autrement. Il est donc regrettable (et redondant) de constater un tel manque de souffle dans des bases, certes bien posées, mais dont le soupçon d’évolution semble de moins en moins permis.

Rejoignant ainsi James Gunn, Joss Whedon, Shane Black et les frères Russo – ça fait du monde – dans leurs conceptions très personnelles du blockbuster aux tendances proprement cinématographiques, Taika Waititi offre un Ragnarok haut en couleur et qui repose sur un dispositif de comédie maîtrisé en tous points. S’il reste encore des trous d’airs qui empêche le MCU de se radicaliser, il existe toutefois une zone de confort non seulement pleinement assumée, mais aussi parfaitement exploitable dans le registre de l’autoréférence ; voilà une belle offre de cinéma, n’en déplaise aux détracteurs.


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