TOP CINÉMA #12 | AVRIL 2017

Ce mois-ci, nous célébrons deux éléments incomparables, mais qui tous deux auront éclairci cet avril fort pluvieux: Netflix, et la discipline du film documentaire, pour quelques grosses claques.

Mois après mois, nous vous l’avons répété: ce début d’année 2017 se veut particulièrement morose, notamment pour les fans de ‘cinéma de genre‘ ou ‘indé‘ qui, depuis la sortie des mastodontes nominés et primés aux Oscars (La La Land, Moonlight, 20th Century Women, Loving, Jackie, …), doivent avoir bien du mal à trouver l’envie et la motivation de se déplacer en salles, suite à la surabondance de grosses productions américaines bien souvent nauséeuses (Life, Power Rangers), dispensables (Fast & Furious 8Gold), ou tout simplement en dessous des attentes des plus difficiles d’entre nous (Les Gardiens de la Galaxie 2).

C’est donc tout naturellement vers le petit écran que nos regards se sont tournés en avril, en particulier sur deux oeuvres radicalement distinctes qui nous auront été délivrées par un seul et même canal, à savoir le service de streaming Netflix, décidément dans une folle échappée depuis quelques temps.

Tout d’abord, le long-métrage espagnol Pieles a su contaminer la rédaction de sa bizarrerie rosée et de sa photographie lavande, par le biais d’une galerie de personnages résolument WTF mais ô combien originaux, pour un ovni filmique inoubliable. Passé loin des radars habituels (et complètement occulté en amont ici), Pieles pourrait figurer parmi les grands succès ciné de cette année, à condition que le public ait la chance ou soit poussé à découvrir tout son humour de noirceur grinçante et de flatulences buccales (si), en dépit d’une distribution que l’on aurait adorée plus large et médiatisée, et surtout en salles.

Parallèlement, nous n’avons pu échapper au phénomène 13 Reasons Why, la série phare produite par la firme de Scotts Valley (et puis par Selena Gomez). Derrière ses allures de série teen US aux intérêts légers et aux péripéties téléphonées, 13 Reasons Why a su nous surprendre grâce à l’ingéniosité de son concept et de sa réalisation (partagée entre plusieurs réalisateurs costauds dont Gregg Araki et Tom McCarthy), de son casting judicieusement constitué (en particulier Dylan Minnette aka Clay, qui porte la plupart des grands moments de la saison avec brio), et, last but not least, sa jolie bande originale.

Évitant le cliché des sonorités surf pop Hollister ou pire, des YouTube Covers, la sélection de chansons (Billie EilishThe Japanese House, …) y berce magnifiquement le récit des rancoeurs de la douce Hannah Baker. Savamment dosée, la musique lui insuffle une cohérence et une profondeur conférant à 13 Reasons Why le statut de série à suivre, promise à un bel avenir malgré le caractère fini de son essence.

Avril fut aussi l’occasion pour notre équipe de préparer sa venue au 70ème Festival de Cannes (yikes!) en (re)découvrant des oeuvres présentées lors des éditions précédentes, comme le solaire Aquarius, ou une plongée initiatique dans le fantasme spectral et provincial Twin Peaks de David Lynch. Dès lors, inutile de préciser que nos sessions canapé auront largement remporté la bataille face aux sièges rouges, qui auront – tout de même, oui – su nous séduire avec la distribution bienvenue de deux documentaires immanquables, à savoir À Voix Haute de Ladj Ly et Stéphane de Freitas et I Am Not Your Negro de Raoul Peck, débordants de richesse(s) verbale(s) et de valeurs universellement fondatrices.

Vu en présence du génial Me Bertrand Périer, maître à penser du programme Eloquentia de l’Université de Seine Saint-Denis, À Voix Haute nous a transporté tout au long de ses fantastiques minutes. On y a découvert une magnifique bande d’étudiants, tous concurrents mais avant tout ami.es et adultes en devenir, au sein d’une compétition tirant véritablement le meilleur de leur curiosité, de leur(s) expérience(s) et de leur capacité à transmettre et à faire vibrer leurs auditeurs au simple son de mots bien souvent éclatants de jeunesse, et révélateurs de tout le trésor qui réside en chacun d’entre nous. Vous savez, cette petite flamme qui, avec un semblant de carburant et d’encouragement, donne toujours des feux flamboyants de vérité et à contre-courant de toutes les pensées sombres avant l’entrée en salles. À Voix Haute agit comme une thérapie libératrice au fil d’interventions emplies d’authenticité et de créativité, jusqu’à une finale de haut vol. Mieux que la Champions League, même pour la Juventus de Turin.

Beaucoup plus dramatique (et pour cause), le film de Raoul Peck est une oeuvre essentielle au caractère constructeur, tant l’héritage de James Baldwin se doit d’être bien plus entendu et répandu, et ce même de notre côté de l’Atlantique. Penseur noir progressiste et figure de proue dans la lutte pour les droits civils, cet ami de Martin Luther King et Malcolm X a entamé la rédaction de ses mémoires avant son décès dans le Sud de la France en 1987. Les trente pages rédigées regorgent d’une force inimaginable, et offrent une vision inédite du fondement même de la ségrégation raciale, stupéfiante de par la beauté de sa réflexion, à partager encore et encore. Pamphlet contre la honte enrichi d’une narration réussie de Joey Starr (Samuel L. Jackson dans la version doublée), I Am Not Your Negro a l’audace d’un grand documentaire, mais aussi et surtout la densité d’un vrai support historique pour les générations à venir. *clap clap clap*, Monsieur Peck, vous nous avez beaucoup appris. Au fond, ces deux films basent leur existence sur l’exploration et la capitalisation de l’expérience personnelle et du vécu, sur des questions pourtant très générales mais orientées dans une trajectoire sublimée, dans un élan d’espoir vivifiant à recommander sans modération. Tandis que I Am Not Your Negro sonde la considération de l’Homme vis-à-vis de ses semblables, À Voix Haute rappelle l’importance du langage et la nature profondément délivrante de la parole. Emmenez les enfants, car eux aussi en sortiront grandis.

Nous avons ainsi le plaisir de vous dévoiler nos pépites et flops de ce mois d’avril, dans l’impatience de vous retrouver dès le mois de mai pour un bilan qui sera – et c’est chose sûre – bien plus satisfaisant en terme de sorties dans les salles obscures. Et oui, si vous ne l’avez pas encore fait, foncez voir Get Out. Il est des oeuvres qui font rire, il est des films qui font peur, et il est des longs-métrages qui importent. Le film de Jordan Peele en fait partie. Rendez-vous le mois prochain pour nos impressions en détails.

Ce seront là nos derniers mots. À très vite sur nos antennes laineuses, et bon(s) visionnage(s)!

 

DODOADDX

Nouveauté du mois: Pieles, de Eduardo Casanova.

Découverte du mois: Moonlight, de Barry Jenkins.

Séries du mois: 13 Reasons Why (S01), de Brian Yorkey, ex-aequo avec Bates Motel (S05), de Anthony Cipriano.

Déception du mois: Paterson, de Jim Jarmusch.

 

MVTHIVS

Nouveauté du mois: Pieles, de Eduardo Casanova.

Découverte du mois: Paris, Texas, de Wim Wenders.

Séries du mois: Better Call Saul (S03), de Vince Gilligan et Peter Gould, ex-aequo avec 13 Reasons Why (S01), de Brian Yorkey.

Déception du mois: We are the Flesh, de Emiliano Rocha Minter.

 

PEACHFUZZ

Nouveauté du mois: I Am Not Your Negro, de Raoul Peck.

Découvertes du mois: Aquarius, de Kleber Mendonça Filho, ex-aequo avec Alien, le Huitième Passager, de Ridley Scott.

Série du mois: 13 Reasons Why (S01), de Brian Yorkey.

Déception du mois: LIFE, de Daniel Espinosa.

 

TICKET

Nouveauté du mois: À Voix Haute, de Ladj Ly et Stéphane de Freitas.

Découverte du mois: Little Odessa, de James Gray.

Séries du mois: Better Call Saul (S03), de Vince Gilligan et Peter Gould, ex-aequo avec Fargo (S03), de Noah Hawley.

Déception du mois: LIFE, de Daniel Espinosa.

 

TONI ZAWA

Nouveautés du mois: Les Gardiens de la Galaxie 2, de James Gunn, ex-aequo avec Pieles, de Eduardo Casanova.

Découvertes du mois: Your Name, de Makoto Shinkai, ex-aequo avec Guilty of Romance, de Sion Sono.

Série du mois: Better Call Saul (S03), de Vince Gilligan et Peter Gould.

Déception du mois: Iron Fist (S01), de Scott Buck.

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