TURBO-CRITIQUE: SECONDS

Cela fait maintenant quatre ans que l’on n’avait pas de nouvelles de Bryan Lee O’Malley depuis que son Scott Pilgrim était passé de BD à film peu après la fin de sa publication. On pensait le petit Bryan parti se faire poser des dents en or dans son manoir canadien mais le re-voilà avec un nouveau roman graphique intitulé « Seconds ».

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Seconds raconte la vie de Katie, 29 ans, chef d’un petit restaurant baptisé « Seconds », et aspire à en ouvrir un deuxième en ville où elle sera co-propriétaire. Mais la vie de Katie est secouée lorsque son ex-copain revient en ville, sa relation avec le cuisinier de son établissement se dégrade, son projet de second restaurant est mis en suspens pour des raisons budgétaires et que sa nouvelle serveuse se brûle les deux bras dans un accident de cuisine. S’ensuit alors la découverte d’un esprit du foyer qui offre à Katie un champignon accompagné d’instructions pour revenir sur ses choix et lui donner une seconde chance.

Sans changer la recette, Bryan nous a concocté un personnage principal dont le haut concept est d’être pris dans son voyage vers la vie d’adulte, prendre des décisions égoïstes et d’avoir la capacité de concentration d’une mouette sous LSD.

Là où Scott Pilgrim avait une touche de fantastique légère qui venait par à-coup et permettait à la trame de respirer, Seconds, dû à son format one-shot lance son personnage dans un trip fantastique du quart de l’histoire jusqu’à la fin.

Les temps de pause servent à placer les réflexions du personnage principal sur son incapacité à prendre des décisions, réflexions qui débouchent bien sûr sur de mauvais choix. Ajoutez à cela une héroïne qui parle comme une tumblr-girl de 16 ans et vous obtenez un personnage plus edgy qu’une chanson de Linkin Park.

Et il est peut-être là le génie d’O’Malley, faire des personnages qui ne peuvent communiquer autrement qu’en exprimant leur détachement de la situation et toujours recevoir des petites culottes en ouvrant sa boite aux lettres le matin, tandis que de l’autre main, porter une poignée de Doritos à sa bouche graisseuse.

Le noyau narratif réside dans l’héroïne qui altère son passé et se réveille dans un présent dont elle ne connaît pas tous les changements.
Et c’est réussi puisque le présent change tellement que l’histoire n’a plus de liens logiques. Sans citer d’exemple: si Katie souhaite AVOIR ÉTÉ plus polie avec un client, elle se réveillera le lendemain dans un club échangiste d’Allemagne de l’Est, réconciliée avec l’ex qu’elle a quitté il y a deux jours et trompé trois fois.

Seconds c’est une BD-test que l’on aimerait voir en accès libre sur internet, dessinée par une jolie bdiste canadienne plutôt qu’une nouvelle avec des bordures de page de 11cm, rédigée par un coréo-franco-canadien qui dessine ses héroïnes sur la base de Sonic le Hérisson.


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