Après un teasing massif sur les réseaux sociaux, une sortie avancée de 15 jours laissant places aux plus folles théories sur le Web, le neuvième album du D.U.C est un assaut maîtrisé… Mais qui ne surprendra point l’adversaire.
20 ans de carrière et toujours invaincu. Voilà le message de propagande que le Duc de Boulogne dessert à ses fidèles depuis plusieurs années. Il est toutefois difficile de nier que Booba fait la pluie et le beau temps dans les vallées du rap français. Enchainant les albums poids lourd au début des années 2000, un virage artistique est engagé avec le très contesté 0.9 avant d’imposer une nouvelle tendance avec Futur… On se souvient encore à quel point cet album avait divisé ses auditeurs. Mais aussi à quel point il a marqué son époque. Une tendance aujourd’hui devenue monnaie courante, tant l’autotune est un instrument largement convoité.
En parcourant les hits et les clips de Booba, il est intéressant de s’arrêter sur quelques morceaux… Notamment Une vie, issu de la réédition de Futur: ou quand Booba faisait du PNL avant PNL. Booba résume d’ailleurs ce constat dans le titre éponyme de l’album: « Depuis 0.9, ils critiquaient mais ont tous saigné l’autotune ».
Aujourd’hui le rappeur alimente son image de King en donnant de la force à de nouveaux princes de son écurie (Damso, Kalash, Siboy…) et en s’associant avec de nouveaux soldats, comme récemment Lacrim et Niska. Sans parler de son média OKLM qui s’impose peu à peu comme un site de référence de la culture rap, ni de son parfum, de son whisky… Kopp se balade et se divertit sur les réseaux, son principal terrain de jeu: un outil de communication, SON outil de comm’ où il peut jongler entre un statut promotionnel et une vanne crasseuse destinée à ses ennemis jurés.
C’est aussi sur son Instagram que nous avons pu saliver en attendant la sortie de sa nouvelle missive. Si Nero Nenemis avait créé une réelle surprise en arrivant comme un boulet de canon, « Trône » a eu le temps de s’installer gentiment avec plusieurs teasers. Et avec un titre aussi prétentieux, nous ne pouvions que fabuler.
Ce neuvième album n’est point une déception, bien au contraire. Tout est maîtrisé, bien produit, bien exécuté. Mais Trône s’écoute très vite (aucun son ne dépasse les 4 minutes) et peut nous laisser sur notre faim. Un besoin de satiété qui sera compensé par l’envie d’y revenir, de réécouter certains morceaux qui méritent plus d’attention. C’est une des forces de sa musique.
Booba a toujours soigné ses intros et Centurion ne déroge pas à la règle. Nous sommes directement mis dans l’ambiance avec la prod’ moyenâgeuse d’Arengers et un couplet unique sanguinolent. On peut alors d’ores et déjà s’enjailler en se disant que tout l’album sera dans cette lignée sombre et egotrip… Mais on enchaine avec Friday, une friandise légère et envoutante sur laquelle le rappeur laisse reposer un flow sucré. Un son à l’image de Trône, qui se présente comme un titre doux et mélodieux alors qu’on aurait pu s’imaginer l’inverse. Des ambiances proches de l’album Ipséité de Damso. Guère étonnant que ce dernier est dédicacé Friday sur son compte Instagram.
La bonne initiative sur ce projet est d’avoir donné plus de place au duo parisien Twinsmatic. De vrais génies de la prod’, déjà présent sur Nero Nemesis (Talion, U2K) et qui signent ici les morceaux les plus intéressants: Drapeau Noir, Terrain, 113 pour le « saaal » et enfin Ridin pour les tendres. De véritables atmosphères se dégagent de ces morceaux, ce qui permet à Booba de trouver une nouvelle singularité. Nous vous conseillons aussi A.T.R, leur première collab’, un vrai bijou!
Niska et Sidiki Diabaté sont de la partie et amènent leur énergie sur Ça va aller: moins percutant que Tuba Life, mais très certainement une valeur sûre pour les clubs et concerts. Jack Flagg et Dany Synthé distillent un peu d’émotion avec Magnifique et Petite Fille, deux morceaux plus introspectifs, Booba concluant son album en évoquant sa fille, son amour, ses craintes. Sans dire que Trône est l’album le plus personnel de Booba, il est vrai que son rôle de père est devenu une thématique transversale.
On ne se sait pas si le King nous reviendra très bientôt avec une deuxième partie intitulée « Bataille Finale » (à en croire les rumeurs d’avertis), ce qui pourrait présager un ultime projet avant son concert événement fin 2018 à l’U Arena… En attendant, le Duc reste dans la course avec aisance, facilité et attire toujours l’attention sur sa personne: là réside la longévité d’un Roi, non?