BROOKLYN VILLAGE – LES RELATIONS ONT DU CŒUR

Après la mort de son grand-père, Jake, treize ans, et ses parents héritent d’une maison à Brooklyn dont les voisins sont Leonor et son fils, Tony. Le film raconte les relations entre les deux familles, au nom des sentiments et de la beauté.

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Jeune artiste convaincu d’intégrer l’une des écoles les plus prestigieuses des Etats-Unis, Jake (Theo Taplitz) fait la première expérience amicale de sa vie en rencontrant Tony (Michael Barbieri, étonnant), fils de la voisine du bas avec lequel il nouera une certaine complicité, pour mieux rythmer ses journées et sa créativité. Convaincu par l’idée d’aborder le thème de l’enfance dès que les deux bonhommes entrent en contact, le film d’Ira Sachs arrive au fur et à mesure qu’il progresse à y greffer une dynamique contemporaine basée sur l’adaptation et les sentiments. Constamment, Jake et Tony seront confrontés au monde qui les entoure : les parents, l’école, les jeunes filles, les rues qu’ils traversent… De cette idée découle une conception nouvelle de l’apprentissage dont les sentiments sont indissociablement liés. Leur aventure se résume autant par les rires que par les larmes, notamment par une opération dramatique traduite par la perte progressive du mouvement que nos deux héros incarnent avec une insouciance basée sur la légèreté et la sincérité dans la première partie du film, ornée de moments d’évasion et de comédie. Rafraîchissants.

Si leur quête se fait rattraper par la réalité dramatique d’une situation que le spectateur adorera ignorer en même temps qu’eux, c’est parce qu’ils prennent conscience que leur réalité n’est pas la seule à exister au monde. Toute la force du film repose sur ce jeu de rapport de force entre l’irréflexion poétique des deux héros et la relativisation opérée par les adultes, lesquels sont eux-mêmes rattrapés par d’autres thématiques contemporaines telles que la finance ou les relations sociétales. Le film offre deux niveaux de lecture assez passionnants, notamment dans les différents élans de mise en scène : statique concernant les parents, complètement dynamique pour les enfants. Sans juger une seule fois ce qui peut paraître sensible aux yeux du monde, Brooklyn Village propose des partis pris dont la variété se mélange parfaitement avec la sensibilité entreprise par une photographie d’une fidélité assommante. Essence même de la comédie dramatique, le film propose également une réflexion intéressante sur la différence qui non seulement sépare, mais aussi rassemble ses personnages. Le propos étonne, et la cinématographie se retrouve complètement harmonisée.

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Ajouté à ce magnifique traitement thématique, le film détonne par son intéressant minimalisme formel, à en témoigner la froideur des acteurs adultes, parfaits dans cette conception à contre-courant de l’enfance. Dans la même idée, la bande originale s’impose naturellement et est dosée méticuleusement. Pragmatique, le montage arrange tout cela avec un académisme bienveillant, malgré quelques oublis qui auraient donné au film une valeur emphatique supplémentaire. Oui, parce que le grand défaut du film réside dans sa véritable distance avec les personnages. Dans son envie de ne pas juger et de faire constater les relations contradictoires basées sur des sentiments qui le sont tout autant, le film oublie de dessiner les enjeux et d’y apporter une touche émotionnelle que la dernière scène, pour ne prendre qu’elle, n’arrive pas à afficher. De par sa courte durée (près d’une heure et demie), le film arrive tout de même à poser des bases solides pour susciter l’intérêt, lequel, pourtant, n’est jamais ou très rarement d’ordre émotionnel. Les émotions des personnages sont représentées avec talent, mais ne suscitent justement qu’une interprétation, pas forcément de la compassion.

Sincère dans le traitement de ses personnages et talentueux dans ses dispositifs de mise en scène, Brooklyn Village est une réussite dans le domaine de la comédie dramatique et, pourquoi pas, une référence en termes de cinéma indépendant – le film a été présenté hors compétition au Festival de Sundance cette année. Même si son efficacité reste à désirer quant à sa diffusion sentimentale, le métrage regorge d’indéniables qualités qui font des sentiments et des relations la représentation même d’une cinématographie honnête et, en somme, d’une grande beauté.


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