D’abord déguisé derrière la pub d’un faux médicament, l’album d’Eminem était aussi attendu et redouté que le bilan d’analyse d’un cardiologue. Mais au final, la pilule est dure à avaler…
Eminem fait partie de ces rappeurs à la carrière déjà bien remplie, attestant d’une longévité sans faille. La contrepartie étant que chaque nouveau projet est attendu au tournant. Recovery, sorti en 2010, a commencé à creuser l’écart avec une partie de sa fan base. Des intrus’ pop rock, des chœurs à outrance, Em’ qui pousse un peu trop la chansonnette… La rupture est assez brutale après le très sombre Relapse. Pourtant ce septième projet est loin d’être mauvais, car les instrus suivent.
Et il est bien là le problème! Eminem est un kicker hors pair, inimitable, imposant une musicalité verbale. Dr Dre l’a bien compris et lui a offert ses plus belles prods’. Aujourd’hui, Slim Shady hérite d’une direction artistique bancale, sans réelle cohérence, sans réelle atmosphère. Les sons se suivent et ne se ressemblent pas. Pire, très rare sont celles qui nous titillent le tympan.
Un constat déjà perceptible sur son dernier projet The Marshall Mathers LP 2. Outre la lourde tâche de faire écho à l’un des classiques de sa discographie, ce huitième album en n’a ni le goût, ni l’odeur. En dehors du tube Rap God et de quelques exceptions (comme Bad Guy, Brainless ou Groundhog Day) la soupe devient vide fade, voir insipide (on préférera taire certains morceaux comme le honteux Asshole).
Revival persiste et signe. Une tracklist immense où s’enchaine des morceaux de médiocre qualité musicale. Nous pouvions déjà nous inquiéter à l’annonce des featuring, très orientés vers la scène pop. Mais si cela est bien fait, pourquoi pas! Le feat. avec Pink sur Recovery n’était pas si mal après tout. On ne dira pas la même chose du morceau Need Me, ni de la collab’ avec Ed Sheeran et Beyoncé, ennuyeux à souhait!
Les prods’ sont tellement faibles qu’Eminem peine à donner du souffle. On a l’impression qu’il fournit le minimum syndical, faisant mine de s’accrocher en forçant systématiquement sur sa voix. Mais la magie n’opère pas. Heureusement qu’il lui reste sa plume. Certains morceaux frisent le ridicule avec des samples maladroits: Remind Me (I Love Rock ’n’ Roll) en est un parfait exemple. Come on Rick, ce n’est pas sérieux!
Reste quelques miettes à picorer: Chrloraseptic de Mr. Porter ou Castle de Dj Khalil, morceau dédié à sa fille. Les co-signatures d’Eminem sortent également du lot, notamment sur le retro Framed co-signé avec Fredwreck et Offended d’Illa Da Producer. Le meilleur titre est incontestablement Believe, un morceau où Em’ surclasse l’instrumental de Luis Resto avec un flow trap endiablé.
Le jour où Eminem arrêtera de bosser avec Rick Rubin, sa musique se portera mieux et nous pourrons prendre avec sérieux la mention « Executive Producer » associé au nom de « Dr Dre ». En attendant, essayons d’apprécier ses sorties de piste comme sur l’excellent No Favors de Big Sean. Comme quoi quand la musique est là, l’artiste n’est jamais loin.