I, DANIEL BLAKE: « IT MUST BE A MISTAKE ! » [CRITIQUE]

Cette année, la Palme d’Or a été attribuée à un film puissant et à un réalisateur qui a encore énormément de choses à nous dire du haut de ses 80 ans. I, Daniel Blake de Ken Loach.

Un film qui arrive à plonger une salle entière dans le silence le plus total, quand tombe le générique final, est forcément un film qui marque les esprits. I, Daniel Blake est un film nécessaire. Ken Loach a toujours développé un discours sans tabou dans l’ensemble de sa filmographie, sans aucune provocation. Juste en mettant devant nos yeux ce que l’on voit tous les jours, pour certains. Ce que l’on refuse de voir, pour d’autres. À 80 ans, le réalisateur est loin d’être en décrochage avec la réalité de notre société…

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Daniel Blake est un menuisier de 59 ans jugé inapte au travail par ses médecins depuis de récents problèmes cardiaques. Mais ce n’est pas le même discours qu’il va entendre auprès de conseillers à l’emploi qui lui interdisent son indemnité compensatoire, tout en l’obligeant à retrouver un travail. Et c’est ainsi que commence la descente aux enfers. Daniel est mené en bateau par une administration lourde et indigeste passée à la moulinette du numérique, à laquelle il ne comprend rien et qu’aucun conseiller ne lui explique. On l’oblige à distribuer son CV pour pouvoir justifier d’une aide sociale, mais il ne peut honorer son contrat car les médecins lui interdisent toujours de reprendre le travail. Viens alors la dépression, après de multiples humiliations, incompréhensions face à des personnes qui vous regardent et vous jugent comme un moins que rien. Entre temps, Daniel fait la connaissance de Katie, une mère célibataire avec deux enfants à charge et qui se retrouve sans aides financières pour cause de retard à un rendez-vous administratif. Les deux personnages vont donc s’entraider, trouvant chez l’autre un réconfort humain et sentimental leur permettant de faire face à la froideur de leur quotidien.

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Le dernier long-métrage de Ken Loach expose un propos criant de vérité, un récit qui nous touche et nous fait réfléchir à qui nous sommes, ou plutôt ce à quoi notre société nous prédestine. Véritable remise en question du contexte social du Royaume-Uni qui, depuis 2008, a privatisé de nombreux services publics entrainant une pression supplémentaire sur les personnes présentant un problème de santé ou un handicap. Lors d’une interview, le réalisateur explique qu’il a été sidéré lors de ses entrevues avec certains conseillers de ses nouvelles sociétés privées, conscients de pousser dans la tombe des personnes inaptes au travail. Il y a de quoi nous glacer le sang…

Pourtant, Ken Loach n’est jamais dans la provocation, dans la dénonciation outragée. Il expose des faits, met en exergue l’absurdité de certaines décisions de notre gouvernement, tout en développant une relation affective avec ses personnages. En ce sens, I, Daniel Blake n’est pas qu’un drame social. Le réalisateur filme aussi des moments de vie heureuse et apaisée. Car c’est ça aussi la vie! Cela change de la plupart des films français qui se servent du discours social comme un élément à charge.

La scène finale est d’une émotion rare. Si la mise en scène de Ken Loach est d’un classicisme assumé, elle fait d’avantage ressortir la beauté de ses acteurs. Dave Johns et Hayley Squires sont incroyables, comme le reste de la distribution. Beaucoup de scènes prennent aux tripes de par la puissance déployée par le jeu des acteurs.

Oui, cette année la Palme d’Or est largement méritée. Oui, I, Daniel Blake est un film comme on en voit rarement. Une Leçon à visionner de toute urgence, surtout en ces temps troublés.

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