LES FILMS QU’ON ATTEND À LA RENTRÉE

En avance, à l’heure ou un peu en retard, nous n’aurez pas échapper à la rentrée (et nous non plus). Alors, pour bien fêter ça, voici une sélection de films qui, à leur manière, continueront, on l’espère, d’éclairer nos lanternes cinéphiles. 

Comme souvent, l’été s’est partagé en deux : nos vacances, fières et solaires ; et les salles qui, quant à elles, ont nourri davantage le divertissement que prolonger les beaux gestes des six premiers mois de l’année. Mais pas de quoi s’inquiéter, car ce qui s’annonce relève de l’excitation, et d’une certaine idée de la pression : la fin d’année approche, et 2019 aussi, c’est bientôt l’heure de faire le bilan, ne pas subir la fatigue des déplacements successifs en salles… Pourtant, chez The Bergerie, la salle de cinéma représente un désir immaculé complété par une foire à questions. Où en est le cinéma d’aujourd’hui ? Quelles sont les nouvelles têtes ? Qu’est-ce que tu attends le plus ? Quelle oeuvre majeure pour cette fin d’année ? C’est dans ce contexte que naît l’article de la rentrée ; il nous sert de pivot pour cette année ciné’ car il nous permet de rafraîchir ces questions, redorer notre désir et poursuivre les images afin qu’elles puissent nous poursuivre ensuite, à l’heure où les sunlights et les plages ont marqué notre peau de leur candeur illuminée.

Voici donc une sélection (non exhaustive) de 21 films qui, incontestablement, marqueront la fin d’année qui s’annonce. Pour le meilleur, on l’espère.

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Thunder Road – Jim Cummings (12 septembre)

Révélé à Cannes en mai dernier dans la sélection ACID, Thunder Road nous embarque dans le quotidien d’un policier texan au bord de la dérive: sa mère vient de mourir, et l’éducation de sa fille relève du compliqué. Un portrait tragi-comique porté par Jim Cummings – déjà metteur en scène du court-métrage du même nom sorti en 2016 (grand prix à Sundance) et interprète principal – qui agit comme un reflet pétillant et burlesque de l’Amérique contemporaine.

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Les Frères Sisters  Jacques Audiard (19 septembre)

Nous avions quitté Jacques Audiard il y a maintenant trois ans avec Dheepan, Palme d’Or (discutable) à Cannes. Et nous retrouverons l’un des réalisateurs français contemporains les plus en vus sous un tout autre registre: direction les Etats-Unis et le farwest en compagnie des frères Sisters, interprété par un duo (on l’espère) magique composé de Joaquin Phoenix et John C. Reilly. Un profond mélange de poussière, de violence et de fraternité au cours d’une chasse à l’homme qui scellera le destin des deux frères. Prix de la mise en scène à Venise.

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Climax – Gaspar Noé (19 septembre)

Un nouveau film de Gaspar Noé fait toujours grand bruit. Climax ne fait pas exception à la règle. Présenté à Cannes lors de la Quinzaine des Réalisateurs – qui s’en est difficilement remis –, le cinquième long-métrage du réalisateur des controversés Love et Irréversible nous réserve une danse – ou plutôt une transe – qui, une fois de plus, ne laissera personne insensible. Une sangria trop corsée, une caméra virevoltante, une science du cadre aux antipodes… Pas de doutes, Gaspar Noé est de retour.

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Girl – Lukas Dhont (10 octobre)

C’est probablement la plus belle révélation du dernier Festival de Cannes. Lukas Dhont nous offre avec Girl le parcours torturé, émouvant et à corps perdu de Lara, jeune fille qui rêve d’être danseuse étoile. Seulement, Lara est née garçon, et elle devra repousser ses limites physiques pour exaucer son vœu. Lauréat de la très estimée Caméra d’Or et tourné au format 16mm – propice au portrait intime –, cette révélation venue tout droit de Belgique fera vibrer notre rentrée ciné.

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The House That Jack Built – Lars von Trier (17 octobre)

Depuis Melancholia et Nymphomaniac, Lars von Trier a ajouté un sous-texte mélodramatique aux épopées trash et introspectives de ses personnages féminins (Kirsten Dunst d’abord, Charlotte Gainsbourg ensuite). Avec The House that Jack built, le cinéaste danois refait le coup de l’épopée, cette fois-ci d’un serial killer en quête du meurtre parfait, et qui récidivera encore et encore jusqu’à atteindre la perfection. Voilà peut-être, finalement, l’introspection trash que tout le monde attendait : celle de LvT lui-même.

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The Predator – Shane Black (17 octobre)

Simple réédition d’un alien sacré du cinéma ou renaissance à la Fury Road d’un caractère ancré dans la mémoire collective ? Difficile encore d’y répondre, mais la furia stylistique de Shane Black (Iron Man 3, The Nice Guys), en charge ici de ce revival, devrait à la fois apporter ce souffle nouveau que l’on attend et aussi redorer le blason d’un personnage qui reste sur trois échecs assez édifiants – dont deux duels avec un xénomorphe qu’on hésite encore à juger. Rendez-vous dans la jungle pour en avoir le cœur net.

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First Man – Damien Chazelle (17 octobre)

Après les coups de baguettes (magiques) et l’effervescence rétro de La La Land, Damien Chazelle est prêt à décrocher la Lune. Car pour sa première incursion dans le genre du biopic, le réalisateur franco-canadien dresse le portrait de Neil Armstrong, un homme dont on connaît évidemment l’exploit mais qui, toujours aux yeux du grand public, reste finalement assez mystérieux. Pour mieux briser le silence, Chazelle refait équipe avec Ryan Gosling et son mutisme légendaire (après avoir pourtant pousser la chansonnette).

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Halloween – David Gordon Green (17 octobre)

Avant la nouvelle version de Suspiria, c’est le Halloween de John Carpenter qui fera peau neuve en cette fin d’année. Une mise à jour du classique sorti il y a quarante ans réalisée ici par David Gordon Green – auteur cette année du touchant Stronger en début d’année. Si le style devrait différer du minimalisme de l’époque – on parle ici d’une suite au film initial –, on retrouvera bien l’une des plus grandes figures du genre : l’énigmatique mais pas moins terrifiant Michael Myers, en reconquête (macabre) de Laurie Strode qui lui a échappé de peu un soir de 31 octobre…

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Bohemian Rhapsody – Dexter Fletcher (31 octobre)

D’abord piloté par Bryan Singer (la saga X-Men), l’ambitieux biopic sur Freddie Mercury est finalement réalisé par Dexter Fletcher, à qui l’on doit Eddie the Eagle. Ce changement serait dû à des tensions entre le premier metteur en scène et Rami Malek (Mr. Robot), l’interprète du leader charismatique de Queen, qui est finalement le nom le plus attendu tant sa métamorphose et sa capacité à reproduire les déhanchées légendaires de l’artiste seront scrutées de près pour, pourquoi pas, une présence aux prochains oscars début 2019.

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High Life – Claire Denis (7 novembre)

On n’arrête plus Claire Denis qui, un an après l’enchanteur Un beau soleil intérieur, retrouve le chemin des salles avec l’ambitieux High Life. Aucune référence au célèbre jeu vidéo ici, mais le film s’avère tailler pour la science-fiction : un groupe de criminels sert de cobayes à une expérience menée par le gouvernement et censée extraire des sources d’énergie capables de soutenir la reproduction. Au casting : le duo Robert Pattinson – Juliette Binoche, déjà vu dans Cosmopolis, rien que ça.

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Un Grand Voyage Vers la Nuit – Bi Gan (14 novembre)

Reparti bredouille de Cannes en mai dernier, Un grand voyage vers la nuit a pourtant retourner la sélection Un Certain Regard grâce à un dispositif innovant : plier en deux, le film propose dans sa seconde partie un seul plan-séquence filmé en 3D, incitant ici le spectateur à chausser ses lunettes en pleine projection. Réalisé par Bi Gan, véritable espoir du cinéma chinois suite au très remarqué Kaili Blues, cette aventure mystique à mi-chemin entre Lynch et Weerasethakul réintroduit l’importance d’une salle de cinéma dans l’expérience de visionnage.

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Suspiria – Luca Guadagnino (14 novembre)

Le giallo made in Argento tient une place particulière dans l’histoire du cinéma italien, notamment depuis que Suspiria, et sa quête incessante d’une forme macabre, est arrivé en salles. Le remake de Luca Guadagnino (Call me by your name) devrait pourtant tourner le dos à cet héritage aussi bien de forme que de genre et raconter autrement l’aventure de Suzy Banner. Et ça s’annonce salé, puisque le film a autant divisé que fédéré lors de sa présentation à Venise. Quatorze jours après Halloween, Guadagnino compte toujours nous faire peur.

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Boy Erased – Joel Edgerton (21 novembre)

Postulant aux oscars 2019 dans lequel nous verrons la première apparition de Xavier Dolan dans un casting hollywoodien, Boy Erased est aussi le nouveau film de l’auteur-acteur Joel Edgerton. Un film qui devrait plaire à l’académie et faire réagir outre-Manche compte tenu de son synopsis : un jeune homme annonce à ses parents son homosexualité et se retrouve obligé de suivre une thérapie « censé » le rendre hétérosexuel, jusqu’à ce que la thérapie tourne à la confrontation… Dans le rôle principal, le très prometteur Lucas Hedges, déjà apparu dans un rôle d’ado torturé dans Manchester by the Sea.

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Widows – Steve McQueen (28 novembre)

Pièce indispensable du cinéma indé’ américain grâce aux succès de Shame et 12 Years a Slave, Steve McQueen repart à la conquête des oscars avec un registre étonnant : celui du film de casse. Avec Widows, le réalisateur rassemble un casting quatre étoiles en présence de Viola Davis, Michelle Rodriguez, Colin Farrell et Liam Neeson. Le pitch : quatre veuves, suite au décès de leurs maris lors d’un bracage, nettoient leurs dettes en finissant le travail.

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Leto – Kirill Serebrennikov (5 décembre)

Le film de Kirill Serebrennikov a incontestablement créé l’événement à Cannes. D’abord pour la présence symbolique du film en sélection officielle, alors que le réalisateur est (toujours) assigné à résidence à Moscou. Aussi parce qu’il a électrisé le festival grâce à son noir et blanc tout en chanson qui nous fait plonger au cœur de la naissance du rock dans les prémisses de la chute de l’URSS, au début des années 80. Sous ses apparences de comédie musicale, Leto nous refera vivre la chaleur de l’été quand bien même nous serons dans le glagla de décembre.

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Une Affaire de Famille – Hirokazu Kore-eda (12 décembre)

Impossible d’ignorer la Palme d’Or du dernier Festival de Cannes parmi les films que nous attendons pour cette rentrée ciné. Et même si le nom d’Hirokazu Kore-eda n’est pas étranger sur la Croisette – le cinéaste japonais y a été présenté plusieurs fois –, c’est pourtant la toute première fois qu’il s’attribue la tête d’affiche du palmarès avec Une affaire de famille. Habitué des drames familiaux, Kore-eda y injecte ici une fable politique sur le vivre-ensemble qui, en plus d’avoir incontestablement pesé dans le choix du jury présidé par Cate Blanchett, a su faire vibrer le cœur de ses spectateurs. Une Palme du cœur, une vraie.

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Spider-Man : New Generation – Rodney Rothman (12 décembre)

C’est le seul film d’animation sélectionné pour notre rentrée ciné. Il nous permet de faire un dur constat sur les propositions du genre à l’approche des fêtes, malgré un début d’année ultra-riche symbolisé par l’unique Isle of Dogs. Mais cela ne freine pas notre excitation compte tenu de ce qui approche : New Generation devrait donner un nouveau souffle à l’imaginaire autour de l’homme-araignée, arrivé dans l’écurie Marvel depuis Homecoming. Une sorte de double univers accouplé à un héros lui aussi multiplié par deux qui devrait rassembler les fans les plus ardu.e.s du tisseur de toile.

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Grass – Hong Sangsoo (19 décembre)

Cinéaste le plus prolifique de sa génération, Hong Sangsoo sort ici son troisième film en 2018 après Seule sur la plage la nuit et La Caméra de Clair – déjà deux temps fort de cette année. Le cinéaste sud-coréen retrouve une fois de plus sa muse Kim Min-hee pour une histoire qui aspire là-encore le désir d’observation des mœurs et le désespoir amoureux : un vieux poète pensant que sa mort est proche fait venir ses deux fils à l’hôtel dans lequel il vit, tandis qu’une femme est trahie par l’homme avec qui elle a vécu toute sa vie. Sans nul doute que le dispositif minimaliste si propre à HHS devrait une fois de plus nous enchanter.

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Maya – Mia Hansen-Løve (19 décembre)

Cinéaste aux thématiques fortes et adepte des portraits intimes, Mia Hansen-Løve est très attendu pour son troisième long-métrage. Intitulé Maya, il nous fera suivre la reconstruction d’un ancien otage français qui, suite à sa libération, part en Inde pour trouver l’inspiration et l’apaisement qui lui manquent. On retrouvera quelques habitués de la cinéaste puisque Roman Kolinka (L’Avenir) et l’acteur-réalisateur Cédric Kahn (Eden) y seront présent, rejoignant par ailleurs Juliette Binoche. De quoi patienter avant un prochain film tout aussi alléchant : Bergman Island, avec entre autres Greta Gerwig et John Turturro, prévu en 2019.

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Wildlife – Paul Dano (19 décembre)

Toujours remarqué devant la caméra, Paul Dano (There will be blood, Little miss sunshine, Swiss Army Man) passe derrière le moniteur pour un tout premier long-métrage : ça s’appelle Wildlife et ça raconte l’histoire de Joe, garçon asocial, qui fait face à l’éclatement de sa famille suite au divorce de ses parents, jusqu’à ce que sa mère tombe amoureux d’un autre homme. Il s’agit d’une adaptation du roman éponyme de Richard Ford dans laquelle nous retrouverons le couple Jack Gyllenhaal et Carey Mullingan dans les rôles des parents. Le film a lui aussi su se faire remarquer lors de la Semaine de la Critique à Cannes.

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Alita : Battle Angel – Robert Rodriguez (26 décembre)

Cinéaste dont les formes fétichistes altèrent l’évolution de ses personnages, Robert Rodriguez est un pur cinéaste d’adaptation (Sin City) et de parodie (Spy Kids, Planète Terreur). Pour cette fin d’année, Alita : Battle Angel est la première excursion du cinéaste dans l’univers des mangas et sa collaboration avec James Cameron et Jon Landeau (la team Avatar) devrait à la fois donner du ressort au style Rodriguez et attirer les fans du manga d’origine – le Gunm de Yukito Kishiro, référence en matière de dystopie à l’image de Ghost in the Shell.

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On attend aussi…

Coincoin et les z’inhumains – Bruno Dumont (20 septembre)
The Little Stranger – Lenny Abrahamson (26 septembre)
Blindspotting – Carlos Lopez Estrada (3 octobre)
Bad Times at the El Royale – Drew Goddard (12 octobre)
The Ballad of Buster Scruggs – Joel et Ethan Coen (16 novembre)
Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald – David Yates (16 novembre)
Aquaman – James Wan (14 décembre 2018)