LIFE – LA SURVIE POUR LES NULS [CRITIQUE]

Dans le genre du survival, Life veut se rapprocher de Alien et Gravity. Pourtant, c’est le constat d’un paradoxe où la générosité se confond avec le rendement esthétique, loin de l’efficacité de ses aînés…

Même si l’espace est connu pour son insondable immensité, Daniel Espinosa (Enfant 44) a l’intention d’enfermer le spectateur dans un contexte où la découverte est partagée par l’envie d’en apprendre davantage et la potentielle menace qu’elle véhicule. Au-delà du cosmos, une entité spécifique étrangement associée à l’homme et ses ressources biologiques, prélevée sur Mars et dont le but ne sera aucunement divulgué au spectateur. Avec son ego tout aussi infini, l’homme se porte garant de cette nouvelle espèce, mais va devoir se battre avec la vie pour espérer survivre à cet alien dont la potentialité n’est pas exactement perçue. La réécriture de Alien et Gravity étant déjà tout indiquée, le film est loin de faire l’éloge du survival. Sa mécanique est généreuse mais dépassée par l’expression invisible de son esthétique. Ce n’est plus une question d’originalité, mais d’efficacité.

Dans le cahier des charges du survival, Life répond de manière respectueuse: exposition rapide des personnages et de la situation, environnement bien divulgué… Cependant, le film se veut extrêmement pesant dans la mesure où son scénario, du début à la fin, se focalise essentiellement sur l’événement. Dès ce plan-séquence d’ouverture, l’inachevé se révèle comme une pierre angulaire des images : les personnages naviguent à travers une chorégraphie bien trop exposée, les dialogues fusent dans le vide… La constitution des images, s’il est tout aussi légitime de passer outre leur besoin d’évoquer la nature même des scènes, résulte d’une faillite esthétique profonde, où la photographie se perd dans la constitution des cadres, biaisant ainsi l’outrance uniformité des décors. Life n’a rien d’original, difficile de prouver le contraire, mais empêcher à ce point l’épanouissement d’un registre aussi complexe que le survival est révoltant. A défaut de ne pas faire dans la surprise, le métrage agit sous un contrat d’anticipation constante, également lorsqu’il essaye, en vain, de produire un suspense illusoire.

Cette vanité, elle se ressent également dans le jeu des acteurs. Ryan Reynolds, incapable désormais d’enlever ce sourire malsain de son visage, s’accorde avec le jeu totalement neutre de Jack Gyllenhaal, réputé pour ses bons choix de casting. L’unité au sein du groupe de personnages est bien retranscrite, mais ne trouve aucun point de concordance émotionnel, rendant le film ennuyeux à mourir. Loin de l’angoisse du Nostromo ou de l’introspection spatiale du docteur Stone dans Gravity, l’esthétique du film est incapable de produire le moindre enjeu émotionnel, autant autour des humains que de l’alien. La seule satisfaction provient pourtant de cet antagonisme, provoquant non seulement une obsession constante dans la manière de tuer – même si cette idée rejoint de manière grandiloquente la réflexion sur le sens de la vie -, mais aussi un miroir à travers lequel l’homme exprime une certaine jalousie, voire une fatalité. L’héritage de Alien est majeur ici, sans pour autant atteindre le même stade d’intensité dans le cadre de l’angoisse et du filtre indispensable à l’action pulsative.

Le gros problème de Daniel Espinosa est là: faire de son film une abréviation d’intentions bien trop léthargiques. Même si Life n’est pas la quintessence de la prise de risque, la nature de son processus créatif est vouée à faire percevoir une monotonie récalcitrante au moindre potentiel que le sujet véhicule. Que veux dire cette errance de l’alien dans le vaisseau ? Pourquoi ne pas jouer la carte du solennel au détriment d’arrangements trop criards ? Enfermer dans l’homogénéité de ses situations, le film indique une constante inégalité, d’où le paradoxe qui le domine. Life perd son temps à rationaliser sachant lui-même que les explications n’ont aucun but fourni et que la menace est tellement grande qu’il faut l’empêcher d’atterrir sur Terre. Là n’est pas la question de la cohérence, mais du parti-pris, c’est-à-dire jusqu’à quel point le métrage est prêt à s’accorder avec ce qu’il tente d’arranger par les images. Victime de ses répétitions et de ses arrangements nuisibles au déploiement de l’esthétique, la mécanique ne voit jamais l’occasion de se justifier.

Le choix de l’originalité n’étant pas une prérogative à sa réussite, Life manque clairement de souffle pour se paraître efficace sur tous les tableaux auxquels il concourt. De sa vanité n’en ressort qu’une mécanique indéniable de générosité, mais qui se plante dans cet esthétique si complexe du survival. Avec Life, une chose est sûre: dans l’espace, il y a effectivement très peu de chance d’entendre sa voix.


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