LIVE BY NIGHT – UN PIÈTRE RÊVE AMÉRICAIN [CRITIQUE]

Comment forger le rêve américain pendant la période d’entre-deux-guerres ? Ben Affleck tente de répondre à cette question avec son Live By Night ; une tentative, c’est bien le mot.

La nouvelle égérie du DC Extended Universe avec son rôle de Batman n’a pas lâché son rôle de réalisateur, et c’est avec Live By Night que Ben Affleck décide de repasser derrière la caméra pour, semble-t-il, retracer les origines du rêve américain. En plein cœur de la fameuse Prohibition, le metteur en scène de Argo offre ici une vaste reconstitution des années 20’, à coups de fusillades convulsives et de costards excentriques, pour mieux surenchérir l’atmosphère mafieuse qui régnait à cette époque. Entre vouloir raconter une époque et une histoire, les intentions ne sont pas toujours de même facture, preuve que le métrage repose sur peu de choses pour exister, jusqu’à même s’interroger comment un tel projet a pu voir le jour.

Ne nous voilons pas la face : Ben Affleck a une réelle sensibilité pour cette période de l’Histoire où il était nécessaire de posséder un vice convaincant pour survivre aux salves de comptoir. Toute la complexité du personnage interprété par le réalisateur lui-même pose cette question de l’individu honnête mais criminel : un point de vue qui prolonge l’immersion dans cette univers que le réalisateur arrive à dessiner. Les décors du film sont assez colossaux, de même que les costumes habillent magnifiquement les personnages. Il y a de quoi être épaté par les moyens déployés, aussi parce qu’ils sont bien reproduits par la photographie de Robert Richardson, le chef opérateur fétiche d’un certain Quentin Tarantino – malgré quelques plans sur-esthétisés dont il aurait pu s’abstenir. De ce point de vue technique, le nouveau film de Ben Affleck est accompli.

Et pourtant, cela constitue une simple toile de fond qui ne fascine que pour sa reproduction à l’image, mais pas de la manière dont elle est exploitée. Au-delà du fait qu’il n’y a rien de bien neuf à se mettre sous la dent, Live By Night est un film qui esquive de réelles inepties : dialogues d’une lourdeur assommante, juxtapositions inappropriées de situations pour mieux faire progresser un scénario où l’ennui, d’ailleurs, se combine avec le total manque de charisme de Ben Affleck. A l’image donc de la prestation de son réalisateur, le film repose sur du vide, et fait semblant de vouloir raconter une histoire. Quitte à oublier la (seule) prestation remarquable d’Elle Fanning en prêcheuse en quête d’une rédemption spirituelle, les acteurs se succèdent de la même manière que s’accroît l’inconsistance esthétique du film, c’est-à-dire un cruel manque de sincérité. Une belle perte de temps qui donne la sensation de ne vouloir résoudre la question du rêve américain en partant du principe qu’encadrer cette période par l’intervention américain pendant la Première Guerre mondiale et la montée du nazisme en Allemagne est une valorisation historique nécessaire. Or, à l’image de cet exemple, le film agit dans une facilité révoltante.

C’est peu dire que le point de vue de Ben Affleck sur le réel enjeu qui découle du rêve américain à de quoi interpeller tant la faiblesse de son écriture est palpable. Lui qui arrivait à construire de réels enjeux autour de ses personnages (urbains dans Gone Baby Gone, internationaux dans Argo) semble avoir abandonner l’idée selon laquelle les idées doivent circuler dans le processus de mise en scène, et c’est là tout le problème du film : voici la reproduction d’un simulacre d’une époque à travers des personnages bien fidèles à cette idée de vanité. Bien que le film atterrit sur cette même idée de la destinée des hommes loyaux mais torturés – la dernière demi-heure, tout ce à quoi devait ressembler le film -, il y a de quoi rester sur notre faim.

Le rêve américain ne trouvera pas autant de réponses à ses questions avec Live By Night, cette sorte de reconstitution fidèle de l’époque qui brille pour son opacité esthétique. Parce qu’il semble se déconsidérer de tous les enjeux potentiels d’un tel récit, Ben Affleck nous fait le récit de personnages redondants et prévisibles où il est simplement question de produire de la surface. C’est bien dommage, et oubliable, par la même occasion.


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