NERVE – [CRITIQUE]

C’est la sortie pop et junkie de la semaine : Nerve d’Ariel Schulman et Henry Joost. Si ces noms ne vous disent rien, le sujet, lui, peut vous interpeller : monde ultra-connecté sous une forme de jeu macabre. Avis.

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Le film raconte l’aventure de la jeune Venus (Emma Roberts), alias « Vee », et  de Ian (Dave Franco), gentil bonhomme que la première va rencontrer à l’occasion d’un jeu baptisé « NERVE », lequel est divisé en deux catégories de gamers : les voyeurs et les joueurs. Les premiers imposent aux seconds des défis à l’issue desquels les joueurs se voient récompensés d’une somme d’argent, à condition de ne pas abandonner ou de ne pas se mettre en échec. En plein milieu de cette mode qui fascine la population la plus jeune de New York, lieu de l’intrigue, Vee et Ian vont se rendre compte de la véritable mascarade qui se met en place au fur et à mesure qu’ils progressent dans le jeu.

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C’est dans cette apparente momerie que le film se veut particulièrement intéressant et ce grâce à une manipulation outrancière des nouvelles technologies de notre époque, jusqu’à même les intégrer dans son processus de mise en scène. Au-delà de cette forme qui permet de construire des motivations rigoureuses, le fond du film se veut bienveillant et accessible. Nerve est étranger au jugement d’un tel ou d’un tel objet artificiel : il dresse un portrait contemporain et lucide sur la consommation de ces éléments. Le constat du film est assez révélateur du monde dans lequel nous vivons : constamment connecté, il se voit sédaté et rattrapé par l’irréel avant d’être définitivement la victime de ce à quoi il se plie. Nos deux personnages sont les symboles absolus de ce monde, comme si le film avait des allures typiques du récit dystopique. Pénétrant.

En parallèle, le film arrive à s’imposer grâce à une vraie personnalité. Les choix musicaux sont plus que pertinents, de même pour ce duo d’acteur dont le charme saura faire rêver les plus jeunes. L’environnement du film se veut globalement cohérent, même si quelques indices supplémentaires n’auraient pas été de refus concernant les points géographiques de la ville de New York, permettant, pourquoi pas, de métamorphoser cette mégalopole en un véritable terrain de jeu – et dont la résonance politique aurait pu être intéressante. Malgré ce déséquilibre spatial, Nerve est aussi à un film qui s’interroge sur le temps de l’artificiel et de l’irréalité. Il est intéressant de constater tous ces comptes à rebours qui englobent littéralement les enjeux et les personnages dans une seule et même dimension : celle de la technologie. De la même manière qu’une dystopie, le contre-pied s’effectue par l’intermédiaire de l’humanité des personnages : vous y trouverez une love story à rebondissements et une vraie connexion entre les deux protagonistes. De quoi, aussi, faire preuve de légèreté.

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Cependant, Nerve pêche par des arcs narratifs qui, s’ils ne sont pas prévisibles, dérangent par leur impertinence. Le film ne donne pas l’impression d’aller au bout de son processus cinématographique, comme le prouvent ces personnages secondaires qui, malgré leur bonne introduction respective, s’essoufflent à une vitesse considérable. Dommageable sur la longueur et pour la bonne réception du propos, le scénario n’est pas à la hauteur du vrai potentiel que regorge le métrage.  Au même titre que l’écriture, la photographie n’arrive pas à exploiter tout un foisonnement de couleurs révélatrices des enjeux qui sont placés : le film vire au noir après être passé par toutes les nuances de couleurs, en témoignage des rebondissement et du drame qui approche. Mais le drame s’opère finalement sur l’effet presque miroir que la technologie opère sur le monde ; un miroir qui, dans Nerve, est léger et efficace, bien adapté à notre époque.


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