VALD – AGARTHA: D’UNE AUTRE PLANÈTE

Venu d’un royaume souterrain, Vald débarque sur Terre pour sauver le monde en Puma. Tel est le topo promotionnel du premier album du jeune rappeur d’Aulney-sous-Bois.

Ne voyez rien ici de blasphématoire, juste un délire « humoristico-égotrip » à l’image du rappeur: un personnage haut en couleur!

Cet album était attendu. Depuis le buzz engendré par les deux EPs NQNT sortis respectivement en 2014 et 2015, Vald s’est façonné un univers bien à lui, exposant diverses facettes et flow, tout en jonglant entre morceaux introspectifs et pur délires. Un univers qui lui a rapidement valu le statut de « génie du rap » de par sa communauté de fans, qualificatif dont le rappeur s’est toujours amusé, quitte à s’autocritiquer. Oui, car si Vald a avoué ne pas foncièrement aimer les morceaux qu’il a enregistrés jadis, il est toutefois plus positif sur son premier album: « Agartha est méga chanmé » Oui, il l’est. Les deux morceaux exclusifs sortis avant l’album, Envie et T’as bien mal, produits respectivement par Seezy et DJ Weedim annonçaient déjà la couleur: Agartha sera différent. Ce qui d’ailleurs en a inquiété plus d’un…

Octobre 2016, le rappeur débarque avec Eurotrap, le premier extrait clipé sur fond vert… Mais sans images! Une excellente idée, tant les internautes ne se sont pas privés de détourner le clip pour faire vivre le morceau et l’univers atypique du rappeur. Dommage que cette idée ait été bloquée par les droits du morceau, car le challenge de départ était de créer un véritable virus du Web. En contrepartie, Vald est allé plus loin en parodiant des formats vidéo établis sur le Net, notamment via Youtube et la généralisation des « Premières écoutes » d’albums, ou encore des décryptages douteux de clips… Car oui, le deuxième clip promotionnel a également fait parler de lui. Le morceau Megadose met en scène un repas gargantuesque où les personnages mangent jusqu’à en crever, dénonçant ainsi la société de consommation comme dans le célèbre film de Mastroianni. Un signe d’insoumission.

Une imagerie centrée sur des productions innovantes et originales, détournant ainsi les codes traditionnels de promotion. Tous les signaux sont maintenant au vert pour apprécier l’écoute d’Agartha.

Si Vald a voulu conserver l’esprit « NQNT » dans l’enchainement des morceaux, nous sentons bien que la qualité de production a été élevée d’un cran pour l’album. En effet, le jeune évryen Seezy (qui a déjà produit pour Niska, Gradur, Sofiane, …) signe le plus de morceaux sur le projet et dévoile tout un éventail de prods’. Il n’y a qu’à voir la différence musicale entre Acacia et Dernier verre, l’intro et l’outro de l’album. Entre instru’ trap « NRV » et mélodie planante, Seezy permet à son MC de varier les plaisirs. Sa plus belle signature reste le morceau Vitrine, la seule et unique collaboration du projet en compagnie de l’excellent Damso. Un feat original qui fonctionne à merveille et qui s’expose dès la première écoute comme l’un des morceaux majeurs d’Agartha.

BBP, qui s’est récemment affiché dans le dernier album de PNL, livre l’une des plus grosses prods’ de l’album avec Si j’arrêtais. Le refrain de Vald colle parfaitement. Un excellent titre! Les proches de Vald ont aussi fourni un gros boulot. À commencer par son ingé’ son, Sirius, qui livre une instru’ entrainante et entêtante sur Ma meilleure amie. Une véritable sucrerie sur laquelle le rappeur joue sur une ambivalence constante entre amour et drogue.

Suik’on Blaze AD, son backeur et ami, lâche une belle prod’ sur le morceau Blanc. Le rappeur y dévoile ici tout son talent d’écriture pour remettre en perspective (avec dérision) sa couleur de peau dans un milieu musical très connoté. Suik’on Blaze AD est très probablement au centre du texte de Je t’aime, un morceau que Vald considère comme l’un des plus « hardcore » du projet. Pourtant, il est question ici d’amour et d’amitié. Un super titre signé DJ Weedim, le dernier grand compositeur d’Agartha. Avec La Boulangerie Française, le beatmaker a créé quelque chose qui sonne différent dans le paysage du rap français, réanimant le génie Alkpote, propulsant des Biffty ou autre Sidisid. Un univers de crasserie et de souye qui va étrangement bien à la bouille du jeune Valentin. Et si Weedim s’expose dans un premier temps sur des sonorités mélodieuses comme sur Je t’aime ou Petite Chatte, nous retrouvons sa signature originelle avec Kid Cudi, un autre gros morceau d’Agartha où Vald dédicace justement Alkpote (« Dj Weedim l’assassin! »).

Ce premier album est à l’image de son créateur divin, il est généreux. Aucun morceau n’est à jeter même si nous avons soulevé ici les plus marquants. On ne sait pas si Sullyvan sauvera le monde ou le rap français, mais en tout cas il lui ouvre des portes, explore d’autres contrées. Et c’est ainsi que souffle un vent nouveau dans nos oreilles. À écouter sur Spotify ou sur Apple Music ci-dessous.


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