VICTORIA – UNE COMÉDIE REVIGORANTE

Acclamé à la Semaine de la Critique en mai dernier, le nouveau film de Justine Triet offre non seulement un second souffle à la comédie française mais aussi un rôle de référence à Virginie Efira ; de quoi marquer les esprits. 

Qu’elle est belle, cette rentrée du cinéma français ! Après les succès critiques de Nocturama et Divines, c’est au tour de Victoria de participer à cet élan artistique orné d’enthousiasme et de talent qui redonne une valeur empathique au septième art dans l’hexagone. En effet, par ses allures dignes de la comédie dramatique, l’oeuvre de Justine Triet change clairement la donne du point de vue de la production du comique, et ce au service d’un propos d’une profondeur étonnante, voire jouissive. Loin des clichés et des effets de styles rébarbatifs, Victoria raconte la vie creuse et progressivement déprimante d’une avocate en plein perte de repères sentimentaux et moraux. Si le scénario ne brille pas pour son suspense, c’est bien le ton adopté par le métrage qui transforme ce dernier en un véritable objet de complaisance.

A travers un charisme souvent défini par un goût pour la réplique qui fait mal ou un comique de situation bien dosé,  Victoria est, avant tout, une comédie efficace avec laquelle la proximité est toute naturelle. La magie opère surtout lorsque la réalisatrice fixe sa caméra sur le personnage interprété par Virginie Efira qui, ça y est, trouve avec cette protagoniste frigide mais touchante de sensibilité le rôle de sa vie, celui qui, on l’espère, l’entraînera sur le banc des nominés pour la prochaine cérémonie des Césars. Mais rien ne serait aussi effectif si Vincent Lacoste n’était pas le partenaire charmeur et sincère de l’actrice : à la limite du buddy movie, Victoria est aussi une comédie qui repose sur ses acteurs. Et quelle alchimie que nous présente la réalisatrice, laquelle relance donc la comédie française avec un duo d’acteurs aussi prometteurs que talentueux, génial.

La déprime ambiante qui ordonne constamment les choix des personnages opère un effet vertueux sur la mise en scène. Extrêmement pragmatique, elle fait écho à l’un des thèmes du film, c’est-à-dire la justice et plus particulièrement ses devoirs : il s’agit de se concentrer sur les faits, sur qui ça concerne et sur quelles conséquences. La combinaison entre le ton comique et cette thématique judiciaire s’organise autour d’une figure de moins en moins utilisée dans le cinéma français : l’absurde. Les scènes dans l’appartement de la protagoniste ainsi que les dialogues entre le bien et le mal sont les meilleurs exemples : à la fois dans l’intimité des personnages et au coeur même de la fracture (hilarante) qui les sépare, Justine Triet impose l’absurdité et, finalement, les éclats de rire. Le film aime jouer sur les paradoxes : petitesse d’esprit aux conséquences énormes, moyens cinématographiques limités mêlés à une étendue thématique irrattrapable… Le talent du film, par prolongement, est de faire de ces paradoxes un véritable mouvement cinématographique qui consiste à détourner l’ordre et s’affranchir du classicisme qui, à la vue des ces dernières années, gouverne en majeure partie les comédies populaires.

Innovant et généreux dans son geste, incontestablement talentueux quoique limité dans ses ambitions, Victoria représente non seulement une confirmation de la bonne rentrée du cinéma français mais aussi et surtout un vent nouveau dans la reproduction de la comédie sur grand écran. Virginie Efira, pour qui le film représente un véritable tremplin, est le symbole magnifique de la réussite du film : constamment noyée dans le personnage déprimé à la recherche de l’amour (20 ans d’écart, L’Amour c’est mieux à deux…), elle incarne ici une solidité incroyable et s’offre une nouvelle palette de couleurs dans un genre qui, conséquemment, se voit aussi rebondir.


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