CHRONIQUES ESTIVALES: L’ÉTRANGE FESTIVAL [PARIS]

Pendant que la capitale subissait ses derniers coups de soleil, les amoureux de films d’horreur et fantastiques découvraient les pépites de demain à l’Étrange Festival. Récit d’un triptyque mitigé.

La semaine dernière, nous avons eu l’honneur d’être invités au très singulier L’Étrange Festival, organisé comme chaque année au Forum des Images, au coeur de Paris. Bien que discret dans sa communication, le festival est une véritable mine d’or pour les passionné(e)s de cinéma de genre, en particulier de courts et longs-métrages fantastiques et d’horreur, présentés ici en avant-première nationale, et ce pendant deux semaines au coeur des sublimes amphithéâtres des Halles.

Pour sa 22ème édition, l’événement se targuait d’une programmation incroyablement riche, oscillant entre (très) grosses attentes du public (Blair WitchUnder the ShadowWhere Horses Go to Die), ovnis cinématographiques (Être ChevalAntipornoFantastic Birthday), et futures sacrées révélations (HeadshotJeeg RobotGrave). En complément, les spectateurs ont pu profiter de concerts un tantinet obscurs et de rétrospectives filmiques exceptionnelles (Andrzej Zulawski et Shōhei Imamura). Le cadre est ainsi posé: voici le bilan chronologique de nos trois séances, en ressentis et en images.

 

FANTASTIC BIRTHDAY | VERY GOOD TRIP

Globalement, nous savions la programmation de L’Étrange Festival inévitablement spéciale, sans pour autant savoir quelles surprises nous allions découvrir à l’écran. Dès la première séance, nous étions fixés: Fantastic Birthday est une expérience ciné très, très particulière; et ce dans le bon sens du terme.

Premier film de la réalisatrice australienne Rosemary MyersFantastic Birthday est, pour ainsi dire, un patchwork de bizarreries réunies dans un ensemble coloré, au grand coeur. En relatant le passage progressif de l’enfance à l’âge d’adulte de Greta (Bethany Whitmore, doubleuse de Mary dans le sublime Mary & Max), la réalisatrice offre un regard magique entièrement inédit sur la symbolique de l’adolescence chez les jeunes filles des années 70.

À travers la famille Driscoll, génialement loufoque avec ses costumes grandioses et son accent australien à tomber par terre, Rosemary Myers décortique les vices et vertus de la famille nucléaire typique de l’époque, tout en en retranscrivant brillamment les codes culturels (mode, musique, cinéma, décoration, etc.). Le tout se déroule dans une réalité quasi-alternative dans laquelle les personnages font quasiment tous office de caricatures. Mention spéciale pour Conrad, le père, et ses blagues gauches et salaces à l’origine de nombreux éclats de rire dans la salle au cours de la projection.

Au-delà de son aspect purement comique, Fantastic Birthday surprend par la richesse de ses couleurs, non sans rappeler les premiers films de Wes Anderson. En parallèle des fresques amicales et amoureuses de Greta, le film la plonge subitement dans une parenthèse fantastique hautement ésotérique, à première vue écrite sous l’emprise de champignons assez costauds. En vérité, chaque image de ce songe sous acides renvoie à une peur ou à un désir de l’adolescente, au croisement de ses craintes et de ses espoirs concernant sa vie de femme, et la direction qu’elle doit lui donner.

Mais Fantastic Birthday est avant tout un voyage dans l’enfance, façonné par la réticence absolue de l’héroïne à grandir et à se confronter à ses obligations ainsi qu’à ses pulsions sentimentales et sexuelles. En représentant la collision hallucinée de ce bouillonnement de sensations et de doutes, Rosemary Myers propose un coup d’essai extrêmement original, qui sera par ailleurs vivement applaudi par toute la salle à l’issue de la séance. Parfois trop difficile d’accès, le film perdra probablement les spectateurs les moins avertis au cours de son visionnage, mais devrait réussir l’exploit – de plus en plus rare – de surprendre toute personne désireuse de voir quelque chose de drôle, enchanteur et attendrissant.

 

BLAIR WITCH | ALERTE PÉTARD MOUILLÉ

Il y a quelques mois, nous vous parlions d’un film annoncé comme la révolution du found footage (caméra à l’épaule); un genre épuisé depuis bien longtemps au fil de productions horrifiques toujours plus médiocres. Alors intitulé The Woods, le projet semblait très bien parti: un pitch diablement simple à base d’ados perdus dans les bois, mais une réalisation orchestrée par un Adam Wingard (You’re Next) conquérant, et désireux de marquer l’histoire de l’horreur en salles. L’attente était déjà trop grande.

À la surprise générale, The Woods n’était autre qu’une suite officielle du cultissime Le Projet Blair Witch. C’est alors que le serpent se mord la queue: le film se proclame comme le descendant de l’oeuvre qui a intronisé le found footage au rang de produit cinématographique, et profite d’un héritage fabuleux pour sa promotion, mais extrêmement handicapant pour son originalité et, a fortiori, son jugement.

En réalité, Blair Witch est un film d’horreur tristement banal, avec quelques scènes effrayantes maîtrisées, pour un ensemble trop simplet et direct pour honorer son prédécesseur. Reboot oblige, Adam Wingard semble avoir cédé aux sirènes du fan service, en cherchant à répondre à toutes les questions soulevées par le premier volet, sans pour autant nous apporter satisfaction.

En cherchant à en montrer toujours plus, le réalisateur ne parvient pas à insuffler l’atmosphère suffocante inhérente à la licence historique. Au contraire, en dehors d’un quart d’heure final intense qui réserve son lot de bons moments, Blair Witch est, de manière très paradoxale, un mauvais remake du Projet Blair Witch; moins novateur, et bien moins percutant. Hormis montrer plus de morts et garnir le tout de quelques effets spéciaux bienvenus, Adam Wingard loupe le coche en nous inondant d’un flot incessant de jumpscares inefficaces et de lampes torches vite usantes pour nos pauvres rétines déçues.

Au final, la conclusion se veut relativement simple: Blair Witch n’est pas un grand film d’épouvante, loin de là. Cependant, les fans de l’oeuvre originelle pourront y trouver quelques éléments de satisfaction, notamment à travers l’exploration de la célèbre maison de la sorcière de Black Hills. En revanche, pour les nombreux cinéphiles qui ne gardent pas un bon souvenir du film de 1999, il semble plus judicieux de passer votre chemin, au risque de ne faire qu’amplifier votre désamour du Projet Blair Witch. Dommage, car mieux aurait valu un The Woods moyen mais neuf, qu’un Blair Witch jonché d’impressions de déjà-vu.

 

GRAVE | À POINT S’IL VOUS PLAÎT 

Tandis que la réalisatrice Julia Ducournau et la paire de comédiens Garance Marillier et Rabah Naït Oufella introduisent Grave, difficile de contenir notre excitation: le film a énormément fait parler de lui dans les médias spécialisés à l’issue de son avant-première mondiale au Festival International du Film de Toronto, marquée par plusieurs malaises ayant entraîné l’intervention d’une ambulance à deux reprises dans la salle. Au lendemain de la déception Blair Witch, inutile de dire qu’une telle perspective réveillait nos instincts puériles d’adolescents autrefois dévoreurs de Wes Craven et John Carpenter, constamment à la recherche de sensations fortes, d’images chocs et de grands frissons.

Inutile de passer par quatre chemins: prévu pour le 15 mars 2017, Grave devrait être l’une des plus puissantes révélations du cinéma français l’an prochain, et ce tant en termes de réalisation que de scénario, de mise en scène ou de jeu d’acteurs. Contrairement aux échos, Grave n’est pas un film gore profondément dérangeant comme Martyrs ou À l’IntérieurJulia Ducournau nous fait progressivement glisser dans son univers fascinant avec une intrigue certes sordide, mais génialement insolite.

En effet, le film relate la première année en école vétérinaire de Justine, jeune surdouée de 16 ans, végétarienne poussée à consommer des reins crus d’animaux lors d’un weekend d’intégration; une torture qui révélera en elle une attraction incontrôlable pour la viande fraîche, principalement humaine.

En alternant passages blanchâtres et cliniques épurés (la virginité et la naïveté de Justine) et scènes sanguinolentes (voire morbides) aux dominantes rouges, Grave bénéficie d’une identité visuelle très singulière. De plus, le travail accompli sur la photographie et le son du film est absolument remarquable, et renforce l’aura toute particulière d’un film décidément unique, aussi bien dans le cinéma français que dans le grand tiroir épouvante-horreur. Lent, mais progressivement rythmé par des rebondissements bienvenus et rondement introduits, le film de Julia Ducournau est un véritable coup de coeur, aux intentions claires, à l’expressionnisme génialement contenu et au casting irréprochable.

En somme, Grave est une petite claque à la française, qui laisse deviner de bien beaux lendemains pour l’équipe du film, globalement très jeune. Quoi qu’il en soit, vous risquez d’en entendre (beaucoup) parler à l’approche de sa sortie qui sera, croyez-nous, un véritable événement en soi. Chapeau bas!

PS: un TRÈS GRAND MERCI à Xavier Fayet pour son invitation, et longue vie à l’Étrange Festival!


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