DEEN BURBIGO – GRAND CRU: CUVÉE PRESTIGE

Depuis ses premières rimes jusqu’au succès du collectif L’Entourage, Deen Burbigo n’a cessé de gravir les échelons du game pour nous proposer aujourd’hui son premier album. Une cuvée énergique et gourmande, à l’image de son producteur.

Beaucoup de personnes qui supportent Deen Burbigo l’ont découvert lors des premières éditions des Rap Contenders en 2011. À l’époque, ça vannait à l’arrière d’un bar à coup de punchlines percutantes. L’Entourage est le collectif qui s’est fait remarquer le plus rapidement grâce à sa bande de supporters bruyante et motivée. C’est l’époque des Open Mic, l’époque de la dalle, l’époque où il fallait être partout et tout péter!

Afin de capitaliser le buzz orchestré, entre autres, par Nekfeu, Jazzy Bazz et bien entendu Deen Burbigo, le collectif l’Entourage enchaine les projets et le MC sort en 2012 son premier EP auto-produit Inception. Dix tracks pimpés où Bigo impose son flow et sa voix si singulière. S’en suivra un deuxième projet deux ans plus tard, Fin d’après minuit, où Deen s’aventure déjà vers des sonorités plus mélodieuses.

2014, c’est aussi l’année de L’Entourage avec un premier album qui était entendu depuis longue date. Un joli succès populaire sur lequel s’est enchainé les premiers albums studio du collectif, avec l’explosion récente de Nekfeu. Il faut avouer une chose, le collectif n’a cessé d’évoluer, de se perfectionner en expérimentant divers styles. Même si le niveau des MCs reste inégal, nous pouvons saluer la qualité des productions, comme celle de Jazzy Bazz et son excellent P-Town sorti l’année dernière.

Annoncé depuis 2015, le Grand Cru de Deen s’est également fait attendre. Un nom d’album habilement choisi, justifiant la macération des textes et des instrus pour livrer un produit de qualité. Quelques arômes se sont toutefois fait sentir via son compte Snapchat, exposant de pur délires et surtout des gimmicks que l’ont retrouve sur la tracklist finale de l’album. Juste ici!

Avec le premier extrait, Bigo débarque en mode egotrip et avec une instru qui tape fort. Rien de très original, la voix force un peu trop sur le refrain, mais le taff est propre. Me réveiller impose un ton plus singulier avec un refrain maitrisé, une production planante et un texte inspiré comme le papy sait nous concocter. Enfin, Pas une autre, célèbre diction made in Snapchat, est l’extrait promo’ de l’album. Tourné au Mexique, le clip réunit la team de L’Entourage sous un beau soleil de vacancier. Complètement sucre! À préciser que tous les clips sont superbement bien réalisés.

Des saveurs plus singulières sont toutefois à dénicher dans le reste de la bouteille… Dans les grands artisans de ce grand cru, on y retrouve En’Zoo. La pate perpignanaise, l’emprunte d’un Sud aux multiples cépages. Le beatmaker de Nemir signe en effet six sons en ramenant au passage toute son équipe. La collab’ avec Deen fonctionne à merveille depuis Âge d’Or, l’un de ses meilleurs track à ce jour. Ici, Freedom est certainement sa meilleure livraison, de part son message, le beau refrain de Nemir et le groove imparable de l’instru’.

La collaboration avec Nekfeu, très teasée à l’époque sur les réseaux sociaux de Deen, fonctionne bien, sans surprise. Mais ce n’est pas la connexion la plus marquante du projet. Ma bande avec Jok’Air est plus percutante grâce notamment à la grosse prod’ de Cruz Kvanh & Alex Lustig. On retrouve aussi le talentueux Jehkyl, frère de sang du Deen, sur Fils de riches. La touche Manstrr de l’album avec la signature Just Music Beats. Le MC réussit même à connecter un Bruxellois et un Suisse sur le même morceau! En ce sens, Coupe le son est l’une des grosses bombes de Grand Cru. Le talent de Caballero n’est plus à démontrer et le combo Makala/Pink Flamingo fait des dégâts.

S’il y a un autre combo’ qui fait mouche c’est bel est bien celui avec Cookin’ Soul. En principe est un excellent morceau: instru’ planante, refrain entêtant, texte bien exécuté. C’est un sans faute. On n’oublie pas la prod’ de l’excellent Richie Beats sur Là Gamin où Deen lâche son couplet le plus énervé.

On arrive au dernier verre sur une outro intimiste et notre première envie est de recommencer la dégustation… Bigo n’a pas menti, le travail a été long mais le résultat en valait la peine. Le style est maitrisé, la plume affinée, les productions upgradées. Le MC pose une véritable frontière entre ses EPs et ce premier album studio.

L’occasion pour Deen de se livrer davantage sur son parcours, ses choix et ses doutes. C’est un homme sensé et cultivé qui se raconte, loin des imageries bling-bling et la culture de l’imaginaire. Car oui, Bigo a monté son label mais rentre chez lui en bus. Il ne s’en cache pas, l’assume et s’en amuse. On lui souhaite un beau succès. En tout cas pour nous, le goût est là.


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