Les meilleurs films des années 2010 [4/4]

Nos plus beaux souvenirs cinématographiques de la décennie avec une sélection classée et non exhaustive de nos 100 meilleurs films. Quatrième et dernier épisode avec notre top 25 des meilleurs films des années 2010. 

Pour tirer un trait définitif sur cette rétrospective, il est important de rappeler une chose : nous ne tirerons jamais un trait sur tous les souvenirs qui ont été déployés jusqu’ici. Ils sont le témoin d’une passion qui nous mène parfois vers cet exercice sacro-saint du classement de fin d’année ou de décennie. S’il était difficile pour nous justement de classer, ordonner les vingt-cinq derniers élus était encore plus difficile tant notre attachement pour eux au fil des années et des mois qui ont coulé jusqu’à ce jour ne mérite pas notre pulsion malsaine d’en placer un devant l’autre. Mais si on en est là, c’est aussi parce que l’enjeu sur le plan de la décennie est peut-être plus grand que ces films eux-mêmes. Qui prend le dessus ? Les films sur le temps, ou vice-versa ? Classer pourrait mettre tout le monde d’accord, pour savoir peut-être où se positionner…

C’est donc avec plaisir que nous vous dévoilons en intégralité, avec ce quatrième chapitre de cette rétrospective, notre classement de nos cent meilleurs films des années 2010. 

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25 | UNDER THE SKIN de Jonathan Glazer

Under the Skin est un véritable manifeste de cinéma. Des cadres immenses et désertés, une photographie somptueuse, des personnages mutiques ; le film explore une situation dont on ne sait rien et qui par ailleurs ne se révèle jamais véritablement. Le personnage interprété par Scarlett Johansson circule sur les routes d’Écosse et enlève des hommes pour semble t-il les absorber. Sa routine imperturbable est observée par un étrange motard qui la suit à la trace. Lorsqu’elle perd l’avantage, elle devient autre ; les dernières scènes sont beaucoup plus saccadées, vives, à l’opposée de la première heure du film. Le final laisse le spectateur pantois (et sans réponses). – Oggy

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24 | THE REVENANT d’Alejandro González Iñárritu

Tout le monde l’avait prédit, personne n’osait y croire : avec son monument d’orchestration et de contemplation, Alejandro González Iñárritu a enfin propulsé Leonardo DiCaprio dans une galaxie olympienne, qui l’attendait depuis des années déjà. Millimétré et pourtant obstinément instinctif et sauvage, The Revenant est un film qui a survolé la décennie de pureté en dégageant une essence monolithique, l’étiquetant immédiatement comme une réalisation hors compétition. L’odyssée d’un survivant en immersion totale, sublimée par la photographie d’Emmanuel Lubezki… Il suffit de faire pause à n’importe quel instant pour le constater: la beauté de la création ne connaît aucune limite, et celle du cinéma non plus. – Peachfuzz

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23 | A GHOST STORY de David Lowery

Essai visuel envoûtant sur le deuil et l’attente, A Ghost Story emprunte un format original pour un exercice de style aussi simple, équivoque et universel qu’un drap blanc troué aux yeux. Sous celui-ci erre une âme déchue, aux épaules baissées face à l’épreuve de l’éternel, et à l’inéluctable carousel des saisons. En résulte un conte poétique à la photographie hypnotisante, dans une réflexion sur le temps transcendée par ses propres attentes. Au-delà de la mise en scène mystique de David Lowery, ce conte sans âge est également porté par une grande Rooney Mara, définitivement l’une des plus belles révélations de la décennie passée. – Peachfuzz

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22 | CALL ME BY YOUR NAME de Luca Guadagnino

Le pouvoir charnel de Call me by your name, notre grand élu de l’an 2018 lorsqu’il fallait rendre compte de notre traditionnel bilan annuel, nous a emportés et envoûtés en même temps que ces deux personnages incarnés par les incandescents Timothée Chalamet et Armie Hammer. Il s’agit d’aimer l’amour, mais aussi et surtout de l’incarner à travers chaque toucher, chaque regard et dialogue entre les personnages, mais aussi par le biais de la mise en scène : le décor bucolique, une bande originale sensuelle, des costumes azuréens… Si le film peut déranger par sa volonté de tout mettre bien en place, il convainc surtout par cette faculté, justement, de restituer ce qui pourrait ressembler à l’amour idéal et qui, une fois terminé, nous entraîne dans le torrent de nos propres larmes. – Quentin Billet-Garin

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21 | MANCHESTER BY THE SEA de Kenneth Lonergan

Dès les premières minutes du film, le cadre est planté : c’est en toute sobriété que Manchester By the Sea raconte l’histoire déchirante et intime d’un homme ordinaire, aux multiples visages et faiblesses, éteint et hanté à jamais par un drame indescriptible. En ratissant à merveille les sentiments complexes du deuil sentimental et de la fraternité familiale au long des vagues et au fil des brises, Kenneth Lonergan propose une oeuvre profondément humaine, avec un Casey Affleck au summum de son jeu, une Michelle Williams habitée et un Lucas Hedges à l’aube de sa gloire. Et puis, si vous aimez la mer… – Peachfuzz

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20 | RÉALITÉ de Quentin Dupieux

Quentin Dupieux n’est ni absurde, ni délirant. Il atteint avec Réalité une zone grise, entre la vie et la mort, dans un jeu fascinant avec l’image. Car cela résulte d’une logique implacable, tout est normal et rien ne l’est à l’instar de cette ritournelle musicale qui revient sans cesse. Un film d’angoissé en somme, qui trouve le repos dans un rêve de cinéma que bien des productions contemporaines semblent oublier. « Kubrick mes couilles ». – Fix

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19 | GOOD TIME de Josh et Ben Safdie

Les frères Safdie ont définitivement le sens du parcours, de l’espace, de filmer une ville qui se rabat sur ses personnages. Une course effrénée mais pas forcément au sens où nous pouvons l’entendre d’habitude, un geste désespéré à travers une relation indestructible entre deux frères. La beauté du film est aussi de réussir à tout extrapoler avec une délicatesse qui l’empêche de sombrer dans le grotesque, comme c’est bien souvent le cas avec ce genre de sujet. La lumière de la ville n’a jamais aussi bien éclairé les blessures des corps, et celles, plus discrètes mais tout aussi douloureuses, des coeurs. – Fix

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18 | WHIPLASH de Damien Chazelle

Âpre ode à la musique, Whiplash prend la forme d’un duel entre Miles Teller et J.K. Simmons. Jeune premier timoré face à un homme-bête chauve et vociférant, leur duel qui prend parfois des aspects de conte initiatique tant il pousse ses personnages dans leur retranchements. Damien Chazelle démontre sa maîtrise de la grammaire cinématographique ; son excellent travail sur les lumières laisse présager de ce qu’il créera par la suite pour La La Land. Sa réalisation impeccable et rarement les instruments de musique ont été aussi bien filmés : les plans sur la caisse claire et les gouttes de sang qui y rebondissent nous hantent encore cinq ans après. – Oggy

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17 | THE HATEFUL EIGHT de Quentin Tarantino

Les années 2010 ont pu compter sur trois films de Tarantino, comme dans les 90’s et les 00’s, pour recevoir la traditionnelle dose d’hémoglobine saupoudrée de dialogues exquis et d’un sens du rythme inné. Cependant, The Hateful Eight ne se place pas forcément là où tout le monde s’accorde sur l’imagerie du cinéaste. Il y a une longueur voulue, une patience incroyable dans la mise en place et l’avancée de l’intrigue : une sorte de cinéma qui, pour mieux se mettre en suspend, dévoile son arsenal par petites touches de mesquineries ici, de mensonges par là. Les personnages se mentent comme ce film nous ment dans sa mise en scène. Une véritable césure chez Tarantino qui, presque trois ans plus tard, avec Once Upon a Time… in Hollywood, poursuivra cette entreprise patiente habitée par ses propres formes. – Quentin Billet-Garin

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16 | GET OUT de Jordan Peele

Le premier long-métrage du génial Jordan Peele, alors déjà bien connu aux Etats-Unis pour ses parodies à la télévision, arrive à point nommé non seulement dans l’actualité de son pays (l’élection de Trump en novembre 2016, alors que le film sort quelques semaines après), mais aussi dans la remise en jeu de certains codes de l’horreur enclenchée notamment par de jeunes talents émergents (Robert Eggers ou Ari Aster, déjà croisés dans ce classement). Get Out les surpasse pour avoir substituer des codes d’un genre déjà bien identifiés sur quelques autres, comme la comédie ou le drame social. Ainsi, la résonance cinématographique d’un tel geste est telle qu’il est souvent caractérisé comme le premier film « post-Trump ». Etat des lieux terrifiant d’une Amérique toujours pas débarrassée d’un inconscient dont elle est elle-même l’esclave. – Quentin Billet-Garin. 

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15 | MOMMY de Xavier Dolan

Le 1:1 comme une fenêtre sur la banlieue montréalaise ;
Le 1:1 comme une boîte ;
Le 1:1 comme une prison ;
Le 1:1 comme caisse de résonance pour la musique extra-diégétique dolanienne ;
Le 1:1 comme le cadre d’un portrait ;
Le 1:1 pour qu’on vive avec Antoine-Olivier Pillon, Suzanne Clément et Anne Dorval.

Steve s’extirpe deux, trois fois de ce format. Symboliquement d’abord lorsqu’il s’en émancipe en ouvrant le cadre de ses mains ; Dolan jouant avec les possibilités du cinéma. À la fin du film ensuite lorsque le cadre devient une fenêtre, bien réelle cette fois-ci ; qu’il faut à tout prix franchir pour se libérer, quitte à sauter. – Oggy

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14 | SPRING BREAKERS de Harmony Korine

Où s’arrêtera Harmony Korine ? Bien avant son Beach Bum, sorti cette année, l’ancien acolyte de Larry Clark s’amusait à pervertir la petite bande de Disney Club. Mais ce n’est pas seulement un jeu de perversion, et le film est loin d’être un objet pop et déliré. C’est une poésie sur le monde moderne, où on joue du Britney Spears sur un piano en agitant des armes et des billets de banque. Un film frustré d’une hyper sexualisation abrutissante et qui tente de rendre un peu de beauté et d’élégance à des choses qui ne semblent pas le mériter. En somme, un majeur bien tendu. – Fix

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13 | LE LOUP DE WALL STREET de Matin Scorsese

Dans cette vague d’adrénaline elle-même boosté par une coke névralgique nommée Leonardo DiCaprio, tout (ou presque) part en vrille. Rarement nous avons vu un Martin Scorsese aussi décomplexé dans sa mise en scène : toujours aussi brillant dans la moralité des histoires (une scène finale magnifique), il joue constamment avec le spectateur comme avec le monde qu’il décrit en accroissant progressivement le spectre de la crise financière de 2008 et, de manière transversale, toute la corruption et l’horreur des plus puissants. En d’autres termes, qu’est-ce qui s’est passé pour que le monde crie ce gros FUCK sur tous les toits ? – Quentin Billet-Garin

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12 | PRISONERS de Denis Villeneuve

Dans son premier film américain, Villeneuve explore en filmant la disparition de deux enfants la peur, la conscience et l’animalité de l’Homme. Il met en exergue la tension autour des personnages tout en jouant avec le spectateur. Chacun de ses acteurs joue un personnage à plusieurs facettes, qui adopte des rôles en fonction des situations. Tout est fait de faux-semblants : si le personnage Paul Dano est objectivement terrifiant, celui Hugh Jackman se révèle au fur et à mesure de la pellicule. Prisoners serait alors une sorte d’anti-Zodiac. Alors que l’enquête stagne, que les personnages sombrent, c’est précisément là que le film commence. – Oggy

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11 | NYMPHOMANIAC de Lars von Trier

Capable de la plus grande douceur comme de la plus monstrueuse cruauté, ce récit tout en flashback (du moins une grande partie) donne le panorama d’une vie terriblement longue et blessée comme le corps de l’héroïne. Souvent taxé de « film pornographique d’auteur », le film est plus malin que cela, la description du sexe frôle l’overdose et là est bien le sujet. C’est aussi tout le cinéma de Lars von Trier qui est condensé ici, de ses métaphores visuelles à son style le plus sadique, parfois, le plus drôle aussi. Le cri d’Uma Thurman en épouse blessée est la plus belle scène de son cinéma. – Fix

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10 | THE SOCIAL NETWORK de David Fincher

Une plongée dans la création du fameux site au logo bleu qui commence comme un film de campus et se termine en thriller. Avec une énergie épuisante, à la limite de l’autisme de son personnage, Fincher dépeint un monde fait de chiffres et de codes où les rapports humains s’évanouissent petit à petit sur un écran d’ordinateur. Notons, quand même, l’interprétation folle de Jesse Einsenberg qui campe cet homme froid et calculateur avec un charisme et un débit fou propre à effacer la plupart des performances Hollywoodiennes vues ces dix dernières années. Rien que ça. – Fix

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9 | BLADE RUNNER 2049 de Denis Villeneuve

Véritable suite miracle du grand classique réalisé par Ridley Scott, Blade Runner 2049 s’impose comme un film de science-fiction avant-gardiste compte tenu de la régression progressive du genre dans le paysage cinématographique contemporain (codes de plus en plus téléphonés, question incessante de l’héritage des grands classiques du XXe siècle…). Denis Villeneuve livre en somme davantage qu’une suite, c’est une vision, à la fois d’un grand classique, et aussi, et c’est là sa grande qualité, d’un monde déjà en train d’entonner son propre chant du cygne. Conte élégiaque teinté de noirceur et accompagné d’une bande sonore à couper le souffle (signée Hans Zimmer), il s’agit aussi de l’un des seuls grands chantiers les plus attendus de la décennie à avoir réussi soin pari artistique. – Quentin Billet-Garin

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8 | MADEMOISELLE de Park Chan-wook

Mademoiselle est une démonstration permanente de plasticité du cinéma : chacun des plans lutte avec le précédent pour être le plus beau du film. Park Chan-wook compose de sublimes tableaux – fine représentation de la Corée des années 30 – habités par des personnages qui le sont tout autant. Le réalisateur joue avec les échelles, la proximité des objets, le rapport des personnages à la caméra ; va jusqu’à nous offrir des passages en vue subjective. Les trois parties du scénario présentent la même histoire de différents points de vue, sans jamais être redondants : elles éclairent l’intrigue, et font progresser la perception du spectateur. Les acteurs y évoluent dans des archétypes quasiment mythiques tout en alternant avec aisance entre le coréen et le japonais, labilité linguistique jouant un rôle si important dans l’œuvre. – Oggy

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7 | DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino

Chaque Tarantino a sa propre empreinte wersternienne dirait-on. Django Unchained se place ainsi comme l’apogée d’un style depuis longtemps assumé par Quentin Tarantino. Qu’il réalise son propre western, c’est à la fois un double plaisir : le sien, bien sûr, en tant que cinéphile fan de Corbucci et Leone, mais aussi pour nous compte tenu de son casting (Jamie Foxx, Christoph Waltz et Leo DiCaprio, rien que ça) mais aussi de certaines scènes à repasser en boucle pour être sûr de bien profiter et surtout de ne rien louper. Tout va très vite, avec en ligne de mire, comme dans Inglourious Basterds, une Histoire du monde qui, outre la nécessité d’être réparée, se doit d’avoir son propre style : le panache. – Quentin Billet-Garin

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6 | THE GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson

Le Grand Budapest Hotel est pour Wes Anderson bien plus qu’un lieu de villégiature aux couleurs chatoyantes : c’est un film-somme, une sorte de dictionnaire de son style et de ses passions. Wes se risque à jouer avec les formats d’image pour marquer les différentes époques ; déjà un choix fort, une démarche quasiment hérétique en termes de conventions alors que parfaitement cohérente. De la même manière, les décors du film sont également élaborés. Le réalisateur propose un cadre parfait, idéal, dans lequel les personnages sont l’élément perturbateur. Les acteurs – la liste serait impossible à restituer dans sa totalité ici – sont tenus d’en faire ce qu’ils veulent. Ralph Fiennes et Tony Revolori s’en sortent avec une grâce outrancière. – Oggy

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5 | INTERSTELLAR de Christopher Nolan

Avec Interstellar, Nolan prouve et assume pleinement son goût pour la temporalité qu’il s’agit, ici, de tordre en de multiples segments. Soit le trajet d’un homme au milieu de l’univers, un parcours contrarié comme une course contre la montre où, justement, le temps est un élément qu’il faut conquérir. Plus matérialiste qu’un 2001, mais capable d’un lyrisme qui peut déboucher sur une émotion sincère ou un agacement définitif. Car Interstellar martèle ses intentions à grands coups de références scientifiques ou autres comme pour prouver son intelligence. Le film l’est, sur certains points, au risque d’exclure le doute de son théorème si bien huilée. Alors soyons comme lui, soyons malin, et tentons de voir et les qualités indéniables et les défauts peut être moins visibles. Mais n’oublions pas la beauté et l’ingéniosité du procédé, la démarche virtuose par moments, mégalo aussi, et les instants délicats qui font de Interstellar un film rare en somme. – Fix

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4 | DRIVE de Nicolas Winding Refn

Drive est un film tout en mouvement qui demeure extrêmement précis, dans une sorte de torpeur générale combinée à une certaine explosivité – NWR n’a pas pour habitude de plaisanter dans ses représentations d’une violence graphique. Il filme un Ryan Gosling mutique qui s’était toujours arrangé pour garder le contrôle et ne pas avoir d’attaches, comme le dit précisément la scène d’exposition. Il tombe dans un engrenage  frénétique justement parce qu’il est tombé amoureux, bien que lui même ne sache pas vraiment définir ce nouvel état. Drive, c’est aussi une bande originale dont on pourrait presque dire qu’elle a relancé à elle seule la synthwave, ou encore un surprenant Albert Brooks à contre-emploi. – Oggy

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3 | ONLY GOD FORGIVES de Nicolas Winding Refn

Si nous plaçons Only God Forgives devant Drive, c’est pour une seule et bonne raison : un autre cinéaste est né après Drive. Car après l’énorme succès cannois de ce portrait tiraillé d’un justicier nocturne, Nicolas Winding Refn s’est fondu dans un geste purement iconoclaste où les formes se cristallisent en même temps qu’elles se radicalisent. On le voit dans The Neon Demon, bien sûr, mais le fondement de ce chef-d’oeuvre formel trouve un sens inouï quand on plonge dans Only God Forgives, sorte de césure dans la carrière du cinéaste qui a ceci d’émouvant en plus de cette esthétique rageuse perdue dans le rouge sang de ses clubs de box et dans l’obscurité transpirante de Bangkok. On peut même voir Only God Forgives sous la forme d’un diptyque inversé avec Drive. En somme, ce film est une pierre angulaire dans la carrière de plus en plus libre de NWR. – Quentin Billet-Garin

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2 | HER de Spike Jonze

Il en faudra du temps pour se remettre du regard désarmé de Théodore Twombly. Si la solitude de l’Homme moderne devait avoir une voix, Her serait sûrement la plus belle et, fatalement, la plus tragique. Cette voix qui guide le personnage dans les chemins tortueux de l’amour, l’accompagne dans les centres commerciaux, au bord d’une plage. C’est surtout un grand film sur le son, ce qu’on entend et ce que nous ne saurions entendre, où chaque mot résonne comme un regard, et si nous ne voyons rien – pas de visage à placer sur ces sons – c’est aussi parce qu’il suffit d’observer Théodore à travers son parcours tragique. – Fix

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1 | MAD MAX : FURY ROAD de George Miller

Les années 2010 a été le théâtre de films grandiloquents dont les moyens parfois illimités ont fait faillir les histoires. Au cinéma, il n’a jamais été question d’autres choses que de raconter des histoires. Et quand on assiste à un film dont les moyens sont utilisés dans le seul but de faire fonctionner une histoire, on ne peut que lui remettre l’honneur de le placer tout en haut de la liste de nos souvenirs cinématographiques. Ainsi, l’objectif de Fury Road est de faire gronder les moteurs, crier dans le désert, cracher du feu sur les ennemis, effectuer des cascades à deux comme à quatre roues – bref, faire fonctionner ce qu’il y a de plus infini dans le grand spectacle -, pour raconter une histoire de libération de la parole des femmes (Furiosa, plus grande héroïne de la décennie) et de ressources dans un contexte post-apocalyptique. Dans cet univers froissé mais destiné à la jouissance, George Miller se montre tel un showman prêt à enflammer les salles de cinéma pour mieux leur rendre hommage – un feu cinéma, en somme. – Quentin Billet-Garin

 

Pour revoir notre rétrospective :
PARTIE I (100e – 76e place)
PARTIE II (75e – 51e place)
PARTIE III (50e – 26e place)